Phoebe Bridgers, un “Lost Weekend” d’amour flou
Parfois, il faut disparaître un moment pour apprendre à dompter les fantômes ou à marcher au bord du gouffre. C’est ce qu’a fait Phoebe Bridgers.
Six ans se sont écoulés depuis son dernier album solo. Mais ça valait le coup d’attendre : Lost Weekend, sorti le 14 août, est un album spectral, au bord de l’abîme.
La chanteuse américaine y dit tout à la fois le deuil et le souvenir, l’amour à l’agonie et la foudre tombée sur le cœur.
Pour le magazine spécialisé Rolling Stone , elle livre “son opus le plus long et audacieux à ce jour, un tour de force dans l’art de s’éclipser, de tomber amoureuse et d’éprouver un chagrin si profond qu’il devient difficile de même se lever”.
Alors “pourquoi Phoebe Bridgers ?, interroge Pitchfork . De toutes les jeunes compositrices-interprètes qui, depuis dix ans, mettent leur âme à nu en s’accompagnant d’une guitare acoustique, qu’est-ce qui a fait que cette Californienne de 31 ans les a transcendées pour devenir une légende ?”
Et comme le site américain spécialisé fait les questions et les réponses : parce que “l’habillage sonore est une merveille : subtile et dynamique, adapté aux stades où elle jouera ces titres à guichets fermés, mais débordant de détails innovants qui appellent une pièce calme et une bonne paire d’écouteurs”.
Peut-être aussi parce que Lost Weekend aiguise ses thèmes de prédilection : “(le sommeil, les substances chimiques et les hôpitaux sont tous cités) et les cris de joie”.
Peut-être encore parce qu’il y a “Panorama”, “où elle ne chante pas pendant les deux premières minutes pour laisser le piano pétiller, et donner priorité aux arrangements des cordes, aux cuivres et aux synthés”, énumère Rolling Stone.
Pour le magazine américain The New Yorker , “c’est aussi son album le plus cohérent, celui dont le son est le plus immersif, grâce à des coproductions complexes avec son équipe habituelle ainsi que des nouveaux venus, Jack Antonoff et Alex G.”.
“Malgré toutes les innovations sonores, Lost Weekend impressionne avant tout par son écriture”, renchérit Pitchfork.
Comme tant d’œuvres sur le deuil, ces chansons voyagent à travers les périodes et les perspectives, reviennent sur les moments délicats et recensent les enseignements tirés.
“Les paroles de Phoebe Bridgers sont toujours remarquables, mais elles sont égalées par la singularité du son dans Lost Weekend, corrobore The Guardian (qui a donné cinq étoiles à l’album). Au fond, c’est l’album d’une chanteuse indie qui est excellente parolière et imprégnée du folklore américain, un album où se mêlent les incontournables : mélodies nostalgiques, guitares acoustiques, mandolines et violon mélancolique.”
“You won’t have to believe in magic/ Leave it to me and I’ll make it happen [“Pas besoin de croire à la magie/ J’en ferai mon affaire]”, chante-t-elle sur “As Above”. Et c’est difficile de la contredire.—
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