Youssef Badr, le juge en lutte contre les discriminations qui obsède l’extrême droite
Juge au tribunal de Bobigny et président d'une association qui œuvre pour l'égalité des chances, Youssef Badr fait l'objet d'une campagne de haine en ligne à la suite de la publication d'un numéro du magazine identitaire et xénophobe Frontières. En juin dernier, le directeur de la rédaction, Erik Tegnér, avait été condamné par un tribunal présidé par le magistrat.
Par : Grégoire SAUVAGE C'est un traitement généralement réservé aux hommes politiques de premier plan : un grand portrait en noir et blanc en couverture et une trentaine de pages censées compiler trois mois d'enquête. Youssef Badr se serait pourtant bien passé des honneurs du média identitaire Frontières. Depuis la publication, le 13 octobre, de ce numéro spécial intitulé "Justice politique, l'énigme Youssef Badr", le juge du tribunal de Bobigny, en Seine Saint-Denis , fait l'objet d'une violente campagne de cyberharcèlement de la part de militants d'extrême droite .
Des attaques "inédites et très préoccupantes" [...] par leur ampleur, leur persistance et la variété des supports utilisés", a estimé Jacques Boulard, premier président de la cour d'appel de Paris, tandis que le Syndicat de la magistrature s'est indigné d'attaques aux "relents xénophobes" visant "à déstabiliser l’institution judiciaire dans son entier".
"Aucun magistrat ne doit être menacé ou insulté dans une démocratie fière de son État de droit ", a également réagi le garde des Sceaux, Gérald Darmanin .
Une enquête a été ouverte, vendredi soir, pour retrouver les auteurs d'une "vague" de cyberharcèlement visant le juge, ainsi que pour menaces de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse, à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique.
Cette vague de menaces et de messages racistes n'est pas la première à laquelle Youssef Badr doit faire face : en juin, le magistrat avait subi les foudres de l'extrême droite après le procès d'Erik Tegnér, directeur de la rédaction de Frontières, passée en septembre sous le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré .
Un tribunal qu'il présidait avait condamné le journaliste, également chroniqueur de la chaîne CNews, à six mois de prison avec sursis et 10 000 euros d'amende pour avoir divulgué des informations personnelles d'avocats spécialisés dans le droit des étrangers .
Suivi par plus de 100 000 abonnés sur X, Erik Tegnér avait aussitôt dénoncé sa condamnation comme une "totale dinguerie" dans une vidéo visionnée plus de deux millions de fois et annoncé son intention de faire appel.
Après la publication de ce numéro, il affirme défendre "la liberté de la presse" et le droit d'enquêter sur "ceux qui choisissent d’occuper l’espace public".
"Chacun appréciera la chronologie", rétorque de son côté Youssef Badr dans un long message intitulé "Réponse à Frontières", y voyant un règlement de comptes après le jugement de juin.
"Lorsqu'on manque de révélations, on peut toujours essayer de transformer des engagements associatifs en soupçons, des convictions humanistes en étiquettes politiques et des prises de parole publiques en pièces à conviction", ironise le magistrat.
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