Les papillons fuient un climat inhospitalier
Ils ne migrent plus qu'au rythme des saisons, mais aussi à celui du thermomètre. En effet, chaque espèce a besoin d'un ensemble précis de conditions et de ressources pour maintenir sa population. Lorsque ces conditions viennent à manquer, trois issues sont possibles : l'espèce s'adapte, se déplace, ou dépérit.
En mars 2026, une équipe internationale de chercheurs a calculé que les espèces se déplacent jusqu'à quatre fois plus vite que ne le prédisaient les modèles climatiques. Un rythme qui pousse les scientifiques à redoubler d'efforts pour suivre et modéliser ces migrations .
Une nouvelle étude publiée dans la revue Nature Ecology & Evolution s'est penchée sur le cas des papillons. " Ils sont souvent qualifiés de sentinelles du climat, car ils réagissent rapidement aux variations de température, de précipitations et d'habitat" , rapporte à Sciences et Avenir le Dr Shawan Chowdhury, premier auteur de la publication. " Leur cycle de vie est court et les chenilles dépendent souvent de plantes hôtes spécifiques, ce qui en fait de précieux indicateurs pour déceler les premiers signes de modifications environnementales".
En compilant 6 182 relevés de déplacement d'aire de répartition sur une centaine de pays, l’équipe d'écologues internationaux a constitué une des bases de données les plus vastes jamais réunies sur le sujet. Et les résultats sont frappants : environ 80 % des 1 758 espèces étudiées ont élargi leur territoire pour trouver des zones plus hospitalières, et 22% d'entre elles ont changé d'altitude. Dans le même temps, 27% des espèces ont vu leur aire de répartition se réduire.
" Ces chiffres dépassent les 100 %, car une même espèce peut connaître plusieurs types de déplacement à la fois" , précise le Dr Chowdhury. " Elle peut coloniser de nouveaux territoires tout en disparaissant de certaines parties de son aire de répartition d’origine" .
Le climat reste le principal facteur associé à ces déplacements , puisque de 79 % des modifications d'aires de répartition sont liées au changement climatique ou aux événements météorologiques extrêmes.
Mais d’autres pressions comme l’agriculture, l'aquaculture, l’urbanisation et la dégradation des habitats jouent également un rôle capital, en particulier pour les réductions d’aires géographiques. Deux exemples illustrent bien ce phénomène : en Allemagne, le Nacré de la canneberge ( Boloria aquilonaris ) a perdu une partie de son habitat à cause de l'assèchement des tourbières, tandis qu'en Roumanie, le Souci du Danube ( Colias crocea ) a vu son territoire fortement se contracter sous l'effet de l'intensification des pratiques agricoles.
Effets des différentes pressions (climat, agriculture, etc.) sur les modifications d'aires géographiques (expansion, contraction, changement d'altitude). Crédits : Shawan Chowdhury et al., 2026.
Si l'Europe concentre les taux de déplacement les plus élevés, les chercheurs insistent : " Aucun continent où vivent les papillons n'est épargné.
5News a agrégé ce résumé depuis le flux public du média. L'article complet, avec tout le contexte, est sur www.sciencesetavenir.fr — le contenu appartient à Sciences et Avenir.