«Je n'abandonnerai jamais de documenter l'invasion russe en Ukraine», promet le photographe Adrien Vautier
Dans le cadre du Prix Bayeux Calvados-Normandie, l'exposition photo « Si tu traverses l'hiver » d’Adrien Vautier en Ukraine est affichée dans les rues de la ville normande. Présent depuis les premiers jours de l’agression russe en 2022, il tente de synthétiser ce qu’il a pu observer tant sur le front que dans une vie quotidienne à l’arrière marquée par la guerre.
RFI : Vous êtes arrivé dans les premiers jours de la guerre. Qu'est-ce qui vous a poussé à partir en Ukraine ? Était-ce une évidence sur le moment ?
Adrien Vauthier : C'était totalement une évidence. À ce moment-là, je travaillais beaucoup avec le magazine Marianne et l’on avait couvert la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan. J'avais des liens forts avec le service international et le service photo du magazine et avec ma collègue Morgane Bona, qui était mon binôme de l'époque, on poussait énormément la rédaction. J'étais persuadé qu'il allait se passer quelque chose et donc on était très fixés dessus.
L'invasion a commencé le 24 [février 2022]. Le 25, nous étions en Ukraine et le 26 à Kiev. On a foncé à Kiev, c'était là-bas que ça allait se passer. On a réagi rapidement, mais c'est le principe de la presse de réagir ainsi, évidemment.
On ne savait pas ce qui allait se passer. Et quand je suis arrivé, je n'avais pas une énorme expérience des terrains de guerre. J'avais juste couvert le Haut-Karabakh avant et l'Afghanistan, quand je suis arrivé pour la prise de pouvoir des talibans, la guerre était terminée et il n'y avait plus de combat. Donc, il y avait de l'appréhension, mais c'est notre devoir aussi d'y aller quand il se passe des choses aussi graves.
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Comment est-ce que ton regard, à travers tes photos, a évolué depuis avec cette guerre qui s'enlise en depuis maintenant quatre ans et demi ?
L'évolution, je ne l'ai pas vue à travers mes photos. J'ai voulu faire évoluer mes photos par rapport à l'évolution de la guerre. Sur une guerre au long cours, évidemment, il y a eu des moments où je me suis dit : j'ai l'impression de faire toujours la même chose. Et il est aussi de notre responsabilité, en tant que journaliste, de savoir nous renouveler parce qu'il y a un véritable enjeu, quand on couvre quelque chose sur le long terme, de continuer à capter l'attention des gens sur la gravité de ce qui se passe sur un terrain. Donc, c'est aussi à nous, journalistes, de devoir nous renouveler et donc d'évoluer.
Je documente le réel et donc j'ai photographié l'évolution du terrain. Après l'évolution, c'est aussi dans les récits, c'est aller chercher de nouveaux angles, c'est de travailler en profondeur. Et ça demande de passer beaucoup de temps sur le terrain, de créer des liens, d'être attentif et d'être imaginatif.
Quand j'avais un sentiment vraiment de stagnation sur ma production, je m'enfermais chez moi, j'éditais énormément mes photos, je regardais mes photos, j'essayais de comprendre comment je pouvais évoluer.
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