"370 milliards de pertes" : face à la "falaise des brevets", un tsunami de fusions attendu dans la pharma
Les investisseurs ont dit "non".
Début août, les marchés ont durement sanctionné l'éventualité d'un rapprochement entre les laboratoires pharmaceutiques AstraZeneca et Bristol Myers Squibb (BMS) évoqué dans un article du Financial Times .
Dès le lendemain de sa parution, le cours de l’action d’AstraZeneca baissait de 9 % .
L’intérêt de cette méga fusion, qui aurait donné naissance à un géant valorisé 400 milliards de dollars (346 milliards d’euros), paraissait en effet limité pour le laboratoire britannique.
Elle lui aurait certes permis de renforcer ses positions aux Etats-Unis, mais l’opération aurait aussi risqué de perturber son processus d’innovation, alors que le groupe affiche une croissance forte depuis que le Français Pascal Soriot en a pris la direction en 2012.
Pour BMS en revanche, les avantages de ce rapprochement ne faisaient guère de doutes.
L’américain va en effet perdre dans les toutes prochaines années plusieurs brevets protégeant certains de ses produits phares.
L’anticoagulant Eliquis (14 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025) deviendra génériquable selon les régions du monde entre cette année et 2028.
La protection de son anticancéreux Opdivo (10 milliards de dollars de ventes l’an dernier) arrivera, elle, à échéance entre 2028 et 2031.
Après la fin de ce monopole, la suite est connue : les revenus générés par le médicament s’effondrent aussi vite qu’arrive sur le marché la concurrence de produits à prix cassés, proposés par des génériqueurs (pour les produits obtenus par synthèse chimique) ou par des fabricants de molécules dites "biosimilaires" (pour les médicaments biologiques comme Opdivo).
Les échéances se rapprochent inexorablement "Les grands laboratoires cotés ne peuvent pas se permettre une telle perte, ils doivent rapidement la compenser par la mise sur le marché de nouveaux produits, qu’ils soient issus de développements internes ou de rapprochements avec d’autres firmes", rappelle Virginie Lefebvre-Dutilleul, responsable du secteur des sciences du vivant chez EY société d’avocats.
Les spécialistes ont trouvé un terme évocateur pour décrire ce phénomène : la "falaise des brevets".
S’il fait partie de la vie normale des affaires dans l’industrie pharmaceutique, l’à-pic attendu au cours des toutes prochaines années s’annonce toutefois particulièrement vertigineux.
Pour les 25 plus grosses entreprises du secteur, la perte est estimée à "370 milliards de dollars d’ici à 2032" par les experts d’EY .
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