Dans l’œil de l’autre
Il y a toujours quelqu’un entre nous et une photographie.
Celui qui tient l’appareil, celui qui pose, volontairement ou non, et, des années plus tard, celui qui regarde.
C’est cet espace mouvant que le BAL, dans le XVIIIe arrondissement parisien, explore avec L’Espace entre nous, une exposition conçue à l’occasion du Bicentenaire de la photographie, à partir de la collection de Michael et Jane Wilson gardée dans l’institution qui porte leur nom à Londres.
Quelque 120 tirages, pour la plupart d’époque, composent un parcours qui refuse la chronologie et préfère les rapprochements, les échos, les surprises.
La commissaire de l’exposition, Diane Dufour, orchestre ces rencontres comme une conversation à plusieurs voix.
Parmi elles, celle de l’écrivain Bertrand Schefer, dont les textes accompagnent le parcours et prolongent les images sans prétendre les expliquer.
Une manière de rappeler que les regarder est aussi une affaire d’imagination, de mémoire et d’interprétation.
La démonstration prend une force particulière devant un cliché pris par Dorothea Lange en 1938.
Pas de visage ici, mais une main posée sur un chapeau de travail, cadrée au plus près.
Les doigts, marqués par le temps et le labeur, deviennent un portrait à eux seuls.
La photographie semble avoir soustrait l’homme à notre regard pour mieux nous donner accès à son existence.
Le couvre-chef, objet ordinaire, devient presque le partenaire de cette main.
Entre les deux, dans ce contact silencieux, se concentre tout un récit social.
Autre temps fort, lorsque Shoji Ueda immortalise Papa, maman et les enfants en 1949.
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