En 1989, deux chercheurs ont cru révolutionner l’énergie mondiale en bâclant une expérience
Toute découverte de rupture dans le domaine de la conversion et du stockage de l’énergie, en particulier pour fournir une énergie bon marché et quasi inépuisable, est un sésame pour une célébrité intemporelle.
La fusion nucléaire est le mécanisme à l’œuvre au cœur du Soleil qui permet la production de quantités d’énergie immenses. Une réaction de fusion consiste en l’appariement de deux atomes de deutérium (un isotope de l’hydrogène constitué d’un proton et d’un neutron). C’est une réaction très différente de la fission nucléaire qui est le phénomène utilisé dans les centrales nucléaires actuelles et qui consiste à scinder le noyau d’un atome lourd, comme l’uranium, après l’absorption d’un neutron. Cette réaction de fission libère une grande quantité d’énergie ainsi que de nouveaux neutrons, qui peuvent à leur tour provoquer d’autres fissions. Il en résulte une réaction en chaîne qui doit être soigneusement contrôlée dans un réacteur nucléaire.
Les intérêts de la fusion sont l’utilisation d’un « combustible » abondant (deutérium), une très forte densité énergétique et moins de déchets radioactifs à vie longue que pour la fission.
Dans le cas de la fusion, la combinaison des atomes de deutérium demande une quantité d’énergie importante pour initier la réaction (il est nécessaire d’atteindre des températures de 100 millions de degrés Celsius soit 10 000 fois la température de la surface du Soleil). Toutefois, l’espoir est d’obtenir un bilan énergétique final en faveur de l’utilisateur, typiquement un gain d’un facteur 10 . La maîtrise de la fusion est donc un défi scientifique et technologique majeur. Des programmes de recherche coûteux ont été dédiés à la construction d’un tel réacteur. Par exemple, le projet ITER est une collaboration internationale dont le réacteur se situe dans le sud de la France.
Ainsi, quelle surprise quand des scientifiques ont clamé observer ce phénomène de fusion dans une éprouvette de laboratoire sans fournir une énergie d’initiation prohibitive.
Dans les années 1980, deux groupes de chercheurs de l’État de l’Utah aux États-Unis travaillaient sur la fusion mais à température ambiante, à l’aide d’une cellule électrochimique à base de palladium. Ce matériau peut absorber des quantités importantes d’hydrogène et de deutérium, deux ingrédients essentiels pour la fusion. L’hypothèse scientifique était que le confinement de ces deux éléments dans un volume réduit pouvait conduire à la réaction de fusion. Le premier groupe dirigé par Stanley Pons et Michael Fleischmann a mesuré une production de chaleur très élevée (faisant fondre les électrodes, paraît-il). Le second groupe dirigé par Steven Jones a, quant à lui, détecté une production importante de neutrons, signe d’une réaction nucléaire.
Les deux groupes, malgré leur proximité géographique, travaillaient en parallèle, indépendamment l’un de l’autre. Néanmoins, ils finirent par découvrir leurs activités respectives et décidèrent de se rencontrer en janvier 1989 .
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