Jérôme Fourquet : "Les marchés ont pris la place des décideurs politiques"
Un sentiment domine chez un nombre croissant de Français : les échéances électorales suscitent de moins en moins d’intérêt, parce que rien ne change, quel que soit le résultat. Le politologue, directeur du département « Opinion et stratégies d’entreprise » de l’Institut français d’opinion publique, analyse avec nous les raisons de cette impuissance politique.
M arianne : Pourquoi avons-nous l’impression qu’aucun projet novateur n’émerge de cette campagne ?
Jérôme Fourquet : Sans doute pour plusieurs raisons. La première est « l’effet casting ». Le nombre de candidatures est aujourd’hui pléthorique : une nouvelle personnalité s’annonce quasiment chaque jour. Cette pré-campagne ressemble davantage au recrutement d’un casting de télé-réalité qu’à une véritable campagne présidentielle. Tout est affaire de marketing et de communication, au détriment du projet.
Chacun reste dans son couloir de nage et cherche à se différencier des autres en se présentant sous son meilleur jour, via des reportages flatteurs dans Paris Match, sans nécessairement établir un diagnostic sur l’état du pays, et encore moins dessiner l’architecture d’un projet suffisamment charpenté pour proposer aux Français une sortie de la situation actuelle.
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Le deuxième élément tient au télescopage de transformations sans précédent. D’abord, le choc démographique : depuis 2010, les naissances ont reculé de 25 % en France, avec des conséquences majeures pour les retraites, l’école et, demain, notre modèle économique. S’y ajoute un choc géopolitique, avec le découplage entre l’Europe et les États-Unis, depuis l’élection de Trump, le retour de la guerre en Europe et les ambitions de la Chine.
Le réchauffement climatique devient une réalité. Sur le plan technologique, les bouleversements s’accélèrent également, avec la plateformisation de l’économie et l’essor de l’intelligence artificielle. Enfin, nos marges de manœuvre budgétaires sont quasi nulles, avec 3 500 milliards d’euros de dette. Tous ces phénomènes sont sans précédent et, face à eux, j’ai le sentiment que la classe politique, dans son ensemble, travaille insuffisamment sur le plan intellectuel.
Les politiques misent tout sur le casting et la communication. Ils s’en tirent en réactivant les vieux marronniers : voile, âge de départ à la retraite… Le débat public fait du surplace. Ce ne serait pas grave si nous étions en pilotage automatique par temps calme. Mais face aux bouleversements actuels, la majorité de notre classe politique semble impréparée ou tout simplement dépassée par les transformations du monde et du pays.
Lors du débat au Medef, les candidats présents ont pourtant donné l’impression d’avoir travaillé. Le problème ne vient-il pas plutôt de l’endettement et de la pression des marchés, qui donnent le sentiment qu’une seule voie est désormais possible ?
Il faut bien voir que les marchés ont pris la place que, de mon point de vue, les décideurs politiques leur ont accordée. Ces 3 500 milliards d’euros de dette, ainsi que les déficits publics accumulés au fil des années, sont financés par les marchés.
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