Nains à fusil, Bilbon gothique, à quoi aurait ressemblé le Hobbit annulé de Del Toro ?
On connaît tous la triste réalité. La trilogie du Hobbit signée Peter Jackson est une œuvre bouffie sous perfusion d’effets visuels douteux, fabriquée à la hâte pour combler le départ soudain de son premier réalisateur en 2010. Mais pendant près de deux ans, de 2008 à 2010, la Terre du Milieu a failli appartenir à Guillermo del Toro .
Ce Hobbit tant décrié n’a pourtant jamais faibli au box-office. Les trois films de Peter Jackson ont rapporté près de 2,9 milliards de dollars dans le monde, pour un budget de production estimé autour de 765 millions. Le rejet est donc resté critique, alors que le public continuait de remplir les salles.
Si MGM n’avait pas sombré dans des limbes financières interminables qui ont poussé le cinéaste à jeter l’éponge, nous n’aurions pas eu droit à un simple Seigneur des Anneaux 0.5. Le public aurait découvert un conte d’auteur sombre, organique , à mi-chemin entre la poésie gothique du Labyrinthe de Pan et la démence visuelle de Hellboy .
Comme le révélait la scénariste Philippa Boyens, la vision de Del Toro délaissait totalement l’esthétique « guerre totale » façon Le Retour du Roi pour se rapprocher de la sensibilité originelle du roman : un livre pour enfants teinté de noirceur. C’était un monde plus magique, plus féerique, où la nature était un organisme vivant et parfois terrifiant.
L’une des ruptures les plus radicales résidait dans l’écriture de Bilbon Sacquet. Là où le cinéma nous a habitués à un petit hobbit simplement naïf et casanier, la version de Del Toro proposait un arc psychologique bien plus doux-amer. Son Bilbon était un personnage qui avait un jour profondément aspiré à l’aventure dans sa jeunesse, mais qui s’était éteint sous le poids des années, devenant rigide, grincheux et encroûté dans ses habitudes. Le voyage vers la Montagne Solitaire devenait une reconquête tragico-comique de son âme d’enfant perdue, bien plus qu’une simple initiation.
Loin du tout-CGI qui a défiguré le produit final, le Hobbit de Guillermo del Toro devait célébrer le règne du maquillage, de l’animatronique et des prothèses physiques. Les monstres avaient une gueule. Les Gobelins, les Araignées de Forêt Noire et les Wargs avaient été entièrement repensés sous un prisme presque bizarromorphe.
Les recherches visuelles de l’époque laissaient entrevoir des concepts d’une liberté folle. Parmi eux : des Nains équipés de véritables pièces d’artillerie et de canons artisanaux pour assiéger Erebor, une esthétique bien plus brute, steampunk et hétéroclite que la phalange très propre et uniforme aperçue chez Jackson.
Quant au dragon Smaug, Del Toro voulait éviter à tout prix le lézard ailé classique. Il avait imaginé une créature serpentiforme au museau effilé, dont les yeux étaient quasi-dissimulés pour accentuer son côté prédateur aveuglé par l’avarice.
Le casting envisagé par le réalisateur mexicain aurait à lui seul réécrit l’histoire de la pop-culture :
Del Toro ne voulait pas faire trois films. Son contrat stipulait un diptyque strict.
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