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“Trump demandait un droit de cuissage sur le Canada, Mark Carney a dit non”

Courrier International ·
“Trump demandait un droit de cuissage sur le Canada, Mark Carney a dit non”

Les Américains, figurez-vous donc, voulaient une sorte de droit de regard sur les ententes commerciales signées par le Canada avec d’autres pays. Traduction : ne signez surtout pas d’ententes commerciales avec l’Europe, l’Asie, le Moyen-Orient. Restez prisonniers de la géographie, restez prisonniers des US of A !

Et les États-Unis, je ne blague pas, voulaient aussi un droit de premier refus sur les droits miniers consentis par le Canada à des sociétés étrangères. Nous faisons une entente avec une société française pour l’exploitation d’une mine de nickel ou de lithium ? Mononcle Donald voulait pouvoir biffer l’entente au profit d’une société américaine !

En plus, les négociateurs de Trump voulaient nous imposer une clause qui aurait permis aux États-Unis de réimposer des droits de douane de 50 % dans le cas où… Eh bien, dans le cas où mononcle Donald en aurait eu soudainement envie.

“Ça va faire mal”, titrait à sa une Le Journal de Montréal le 24 août, avec un bandeau : “Message à Donald Trump : French is non-negotiable ”. Le quotidien résumait ainsi le refus “on ne peut plus clair” de la classe politique canadienne face aux demandes américaines de revenir sur la promotion de la culture francophone et sur l’étiquetage obligatoire bilingue. Dans un micro-trottoir , le quotidien a interrogé des Québécois ordinaires qui “s’offusquent des tentatives du président Donald Trump pour affaiblir la protection du français au Québec”. “No way” (“Pas question”), a lancé quant à elle la Première ministre du Québec, Christine Fréchette, “en revêtant des habits de défenderesse de la langue et de la culture québécoises”. La cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ, centre droit), aux affaires depuis avril, se voit offrir “une occasion en or” alors que s’ouvre la campagne pour les élections générales québécoises, prévues le 5 octobre.

Et en guise de cadeau de remerciement, il aurait fallu, semble-t-il, rogner sur les lois qui imposent un minimum de français (sur les emballages, comprend-on) et sur le soutien culturel en général et au français en particulier.

Trump demandait un droit de cuissage sur la société canadienne. Mark Carney a dit non. Il a bien fait. Oui, ça va nous faire mal. Mais devenir un vassal du voisin ? No, thanks.

C’est pourtant aux États-Unis qu’a été inventée l’expression “If it ain’t broke, don’t fix it” : “Si c’est pas brisé, essaie pas de le réparer.” Cette expression est un monument au pragmatisme américain. Et le partenariat États-Unis – Canada est un partenariat qui n’était pas brisé. Les États-Unis ont des problèmes plus importants que le Canada, mais on dirait que Trump a décidé de “réparer” la relation en “brisant” ce pays qu’il désigne comme le 51 e État.

Ce n’est pas seulement fâchant, c’est carrément fou. Heureusement, les Américains ne sont pas tous aussi aveugles que leur président. Je cite Gavin Newsom, gouverneur de la Californie, sur X :

Économiquement, socialement, militairement : le Canada et les États-Unis sont imbriqués comme une pelote de laine, au bénéfice des deux pays. Nos entreprises, nos armées, nos familles, nos liens d’amitié, nos imaginaires sont influencés les uns par les autres.

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