Quand les descendants français de républicains espagnols s'emparent de leur histoire (4/4)
Il y a 90 ans, la guerre d'Espagne (4/4). Quatre-vingt-dix ans après le début de ce conflit, l'intérêt pour son histoire est croissant, notamment en France, où vivent des descendants de républicains espagnols. Ils sont de plus en plus nombreux à se lancer dans des recherches pour retracer le parcours, souvent tragique, de leurs ancêtres.
Par : Stéphanie TROUILLARD Selon les estimations d'historiens , il y aurait en France entre quatre et cinq millions de personnes ayant des origines espagnoles. Les vagues d’immigration ont été multiples au cours du XX e siècle, mais la plus importante remonte à la guerre d’Espagne.
Au début de l’année 1939, alors que Barcelone vient de tomber aux mains du général Franco , le chef des insurgés militaires, des milliers de républicains et leurs familles fuient la Catalogne et se dirigent vers la frontière. En quelques semaines, ils sont près de 500 000 à franchir les Pyrénées .
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Âgé de 24 ans, Lucas Fernando Allende Santa Cruz fait partie de ces réfugiés. Originaire de la région de Santander dans le nord de l' Espagne , il a pris les armes en 1936 pour se battre contre le soulèvement militaire. Mais après trois ans de guerre, les insurgés, soutenus par l’Italie et l’Allemagne, remportent cette lutte fratricide. Lucas Fernando Allende Santa Cruz est obligé de fuir.
D’abord parqué par les autorités françaises dans des camps d’internement surpeuplés à Argelès-sur-Mer ou encore à Gurs, il est finalement livré aux Allemands après l’armistice signé par le maréchal Pétain. Devenu travailleur forcé à la construction de la base de sous-marins de Brest, il entre en résistance en distribuant tracts et journaux. Dénoncé, il est arrêté puis déporté en juin 1944 au camp de concentration nazi de Dachau .
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Quatre-vingt-dix ans plus tard, sa fille Claudine Allende Santa Cruz fait vivre sa mémoire. "J’ai commencé mes recherches en 2009 pour tenter de retracer son parcours car il n’a pas beaucoup parlé de tout ce qu’il a vécu depuis le début de la guerre d’Espagne jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale et sa libération, en avril 1945, du camp de Dachau ", explique cette habitante du Vieux-Marché, un village des Côtes-d’Armor.
Comme beaucoup, Lucas Fernando Allende Santa Cruz a repris le cours de sa vie sans se retourner sur son passé. Dans l’incapacité de rentrer en Espagne, toujours sous domination de Franco, il est reparti en Bretagne à la Libération. Il y a fait souche en se mariant avec une Française et en ayant trois enfants, dont Claudine. Peu à peu, le silence s’est installé.
"Franco est mort en novembre 1975 et, en Espagne, il n'y avait que les vainqueurs qui avaient la possibilité de raconter leur 'guerre civile', comme ils disent, alors que c'était un coup d'État en partie raté, fomenté par des militaires rebelles contre la République légalement installée et qui s'est transformé ensuite en guerre civile", explique cette descendante de républicains.
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