Free party : la fête est-elle devenue une zone à défendre ?
Après plus de trente ans d’existence, les free parties pourraient bien disparaître. En France, l’État s’est doté d’un arsenal législatif de plus en plus répressif. Pour les adeptes de la “teuf”, ce n’est pas juste la fête libre qui est menacée, mais le modèle alternatif de société qu’elle incarne.
Ces dernières années en France la fête libre a progressivement été érigée en un problème public à encadrer, voire à réprimer. Entre saisie de matériel, amendes, violences policières et peines d'emprisonnement, les risques encourus par les organisateurs, mais désormais aussi par les participants des “teufs” sont de plus en plus dissuasifs. Alors, dansons heureux, dansons cachés : à quoi s’attaquent réellement les pouvoirs publics ?
Le mouvement de la fête libre —ou free parties— débute dans la clandestinité à la fin des années 1980. Les premières fêtes ont lieu en marge des grandes villes et dans la campagne anglaise. Elles réunissent des New Age travellers , une communauté nomade hippie et des jeunes ravers , qui ne se rendent plus dans les soirées d’ acid house devenues trop coûteuses à cause de la mainmise des promoteurs.
La "free", la "teuf" ou le "tawa", comme on l'appellera plus tard en France, incarne une utopie contre-culturelle, éphémère et libertaire qui s’oppose au modèle des clubs, trop sélectifs. On y valorise un mode de vie autogéré et horizontal. Surtout, l'accès est libre : tout le monde est le bienvenu quelle que soit sa religion ou son style vestimentaire.
Le second "Summer of Love" de 1988 : l'été où les rave parties sont nées en Angleterre
D’abord confidentielles, les fêtes grossissent et sont vite étouffées dans la violence par les autorités. Le 1ᵉʳ juin 1985, un convoi de New Age travellers qui se dirigeait en direction du People's Free Festival à Stonehenge, est stoppé par la police anglaise. Le rassemblement est déclaré illégal et les voyageurs pacifiques sont sommés de faire demi-tour. Les esprits s'échauffent et les violences fusent, si bien qu'on parlera plus tard de "la bataille de Beanfield" pour désigner l'événement tragique.
Sept ans plus tard, en 1992, entre 20 000 et 40 000 personnes se réunissent à Castlemorton . Pendant plusieurs jours, une grande zone autogérée s'installe dans les champs. À nouveau, la réponse policière ne tarde pas. Un collectif en particulier est désigné comme responsable, les Spiral Tribe. Avec d'autres sound systems (le nom donné aux collectifs organisateurs des raves), ils plient bagage et partent sur les routes d'Europe " répandre la bonne parole techno ", raconte le musicologue Guillaume Kosmicki .
En réponse au rassemblement de Castlemorton, le gouvernement britannique adopte en 1994 le Criminal Justice and Public Order Act qui interdit tout rassemblement autour d'une musique répétitive.
Entre la fin des années 1990 et le début des années 2000, la fête libre circule aux quatre coins de l’Europe, et avec elle sa bande son qui se nourrit des influences musicales qu’elle traverse : tekno, tribe, trance, acid et de nombreux autres sous genres.
Mais les free parties continuent d’avoir mauvaise presse.
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