Ebola, une épidémie "différente" : pourquoi le virus se propage si rapidement en RDC
Assiste-t-on aux préludes de la pire épidémie due au virus Ebola de l'Histoire ? Depuis qu'elle a été officiellement reconnue par le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) le 15 mai, elle a fait plus de 2 000 morts pour 4 381 cas confirmés, selon un dernier bilan publié par les autorités congolaises ce mardi 11 août.
Le bilan des décès a ainsi doublé depuis le 22 juillet, où le cap symbolique des 1 000 morts avait été atteint.
Ce bilan rapproche l’épidémie actuelle en cours depuis plus de trois mois, qui se propage dans des régions de l’Est et du Nord-Est en proie à des conflits, de celle qui avait sévi entre 2018 et 2020, la plus meurtrière à ce jour en RDC, avec près de 2 300 morts en l'espace de... vingt-deux mois.
Comment expliquer que cette épidémie ait la propagation la plus rapide jamais enregistrée ? Regardons d'abord du côté des chiffres.
Les autorités sanitaires affirment que l'épidémie actuelle se propage cinq fois plus vite que les précédentes à ce stade.
Lors de l'épisode de 2018-2020, il avait fallu plus de dix mois pour dépasser les 2 000 cas confirmés à l'est de la RDC.
L'épidémie actuelle a atteint ce chiffre en deux mois environ, fin juillet.
La maladie à virus Ebola se transmet dans bien des cas lors des rites funéraires organisés par les familles des malades.
Les travailleurs humanitaires déployés sur le terrain tentent, malgré une forte défiance populaire, d’organiser dans les zones infectées des enterrements respectant des mesures sanitaires strictes.
Comment expliquer que la situation soit à ce point hors de contrôle ? La souche Bundibugyo du virus s'est propagée sans être détectée pendant des mois avant que l'épidémie ne soit déclarée en mai.
"La détection de l’épidémie a été très tardive.
Celle-ci a probablement commencé à circuler dès janvier, mais elle n’a pas été détectée et confirmée avant les mois d’avril-mai, ce qui a laissé au virus le temps de s’infiltrer dans les communautés", affirme dans un entretien au Monde le médecin congolais Jean-Jacques Muyembe, figure mondiale de la virologie qui a codécouvert ce virus en RDC en 1976.
Reuters a rapporté que des cas précoces n'avaient pas été détectés, certains ayant été diagnostiqués à tort comme des péritonites (NDLR : une inflammation aiguë du péritoine, la membrane qui tapisse la cavité abdominale et protège les organes digestifs).
Les pratiques funéraires locales ont contribué à la propagation du virus avant que l'alerte ne soit donnée et continuent de compromettre la riposte.
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