"Je serai héros ou martyr..." : quand Fidel Castro et ses partisans prenaient d'assaut Cuba
Cet article a été publié pour la première fois dans L'Express du 8 janvier 1959 Jeudi dernier, le 1er janvier, avant l'aube, le président Fulgencio Batista convoqua ses ministres et ses amis les plus proches.
La grève générale révolutionnaire venait d'être déclenchée dans tout Cuba .
Depuis quatre jours, la ville de Santa Clara, noeud ferroviaire qui commande les communications de toute l'île, était le théâtre d'une bataille de rues d'une extraordinaire férocité.
L'aviation gouvernementale arrosait de bombes et de mitraille les localités aux mains des rebelles.
Dégoûtées par la boucherie, des forces de l'ordre désertaient et passaient aux insurgés.
Fulgencio Batista avait perdu son pari.
Il avait été porté au pouvoir, malgré lui, il y a vingt-cinq ans, alors qu'il était sergent sténographe dans l'armée.
Il portait alors un blouson de cuir, un poignard et un pistolet à la ceinture ; aux yeux du peuple cubain, il incarnait la victoire du pauvre contre les puissants et les riches.
La date fatidique Le tribun audacieux, modeste et tolérant d'il y a vingt-cinq ans, était devenu depuis 1952, date de son retour au pouvoir à la suite d'un putsch militaire, l'un des dictateurs les plus sanglants de l'histoire contemporaine.
Son ultime ambition était de tenir jusqu'au 24 février, date de l'expiration de son mandat.
Cette dernière satisfaction d'amour-propre lui fut refusée.
Le 1er janvier avant l'aube, suivi de 400 de ses fidèles, il prit l'avion pour Saint-Domingue, emportant avec lui 300 millions de dollars (150 milliards de francs), dont une centaine provenaient du pillage des caisses de la Sécurité sociale.
Le même jour, dans La Havane paralysée par la grève, le sous-prolétariat de la capitale cubaine mettait à sac les casinos, cependant que les groupes de résistants fidélistes commençaient l'assaut de la résidence du sénateur Masferrer.
Le sénateur avait déjà pris la fuite ; mais sa police privée, évaluée à 2 000 personnes pour toute l'île, se battit avec le courage d’hommes qui n'ont rien à perdre : ils furent exterminés, à un homme près.
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