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Au Maroc, le chômage ravive les rêves d’Europe de la jeune génération

Ouest-France ·
Au Maroc, le chômage ravive les rêves d’Europe de la jeune génération

« Ce que je voudrais, c’est passer mon test de langue en espagnol et partir légalement en Espagne », confie Saoussan (1), 23 ans, à la terrasse d’un café de Martil. Dans le nord du Maroc, cette petite ville touristique de la côte méditerranéenne se trouve à une quarantaine de kilomètres de l’enclave espagnole de Ceuta . Les 30 et 31 juillet, plus de 70 000 personnes ont tenté en vain d’y passer la frontière pour rejoindre l’Europe, dont un grand nombre de jeunes . Dans cette vague soudaine, venue majoritairement du Maroc, 141 migrants ont péri.

Lire aussi : Ceuta : face aux arrivées de migrants, le jeu de dupes des Européens

Saoussan, elle, n’est pas candidate au départ. « D’un côté, je ne me vois pas risquer ma vie en mer pour atteindre Ceuta, sachant que je ne suis même pas sûre de pouvoir y rester, explique la jeune femme. Mais je comprends les gens qui n’ont rien à perdre et qui n’ont pas d’autre issue. »

Native de Tétouan, Saoussan y a obtenu en 2024 une licence en droit privé à l’université. Mais elle ne pense pas s’y éterniser. « Partout au Maroc, pour les jeunes, c’est difficile de trouver du boulot, mais dans le Nord, ça relève du miracle », plaisante-t-elle. Alors, en attendant, elle travaille dans un petit centre d’appels hispanophone local, pour 4 000 dirhams par mois (375 € environ), à peine plus que le salaire minimum alors qu’elle cumule 44 heures de travail hebdomadaires.

Pourtant, au Maroc, Saoussan pourrait passer pour une privilégiée. Ici, le chômage des jeunes atteint 35,8 % chez les 15-24 ans et 21,9 % chez les 25-34 ans, particulièrement en milieu urbain. Une plaie que les gouvernements successifs ne parviennent pas à traiter malgré le niveau d’éducation de sa jeunesse. Pire : le royaume compte 2,9 millions de NEET, des jeunes Ni en Emploi, Ni en Études, Ni en Formation, soit plus d’un tiers des 15-29 ans.

Parmi eux, Abdelkader (1), 27 ans, croisé à Fnideq. « C’est pas qu’il n’y a pas de boulot, c’est que les salaires sont misérables. Je ne vais pas bosser toute la journée comme peintre pour 150 ou 200 dirhams (environ 18 €), que je vais dépenser en rentrant chez moi le soir. Je préfère vivre chez ma mère qui me donne 20 ou 30 dirhams par jour pour des cigarettes et un bout de cannabis. L’été, il y a du monde partout, les gens viennent en vacances et les Marocains d’Europe rentrent pour quelques semaines. Mais le reste de l’année, c’est vide et triste », grogne-t-il.

Des entreprises, comme les usines de câblage de Tanger, en sont réduites à proposer des primes de quelques centaines de dirhams aux employés leur ramenant une nouvelle recrue. Des conditions économiques qui en poussent beaucoup à rêver d’exil.

« La frustration ressentie par de nombreux jeunes est compréhensible », estime Ahmed Raissouni qui codirige, à Martil, le centre culturel Lerchundi. Dans cette église désacralisée, il accueille des jeunes en difficulté, des mères célibataires, mais aussi « énormément » de candidats à la migration irrégulière. « La grande majorité préférerait partir en Europe de manière légale, avec un visa, mais on leur répond par un refus. Beaucoup ne savent pas ce qu’il y a derrière la barrière.

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