Contre le cancer, l'intelligence artificielle pourrait changer la donne, par le Pr Alain Fischer
L' intelligence artificielle inquiète lorsqu’elle permet des intrusions malveillantes dans des systèmes existants.
Elle interroge lorsqu’elle résout en peu de temps des énigmes mathématiques sur lesquels les chercheurs se sont cassé les dents.
Elle impressionne lorsqu’elle fait progresser les connaissances en santé, comme c'est le cas ces derniers mois dans le domaine du cancer .
Jusqu’ici, les tentatives de mise au point d' outils de détection de cancers à partir de tests sanguins n’avaient pas fait leur preuve, en dépit de quelques annonces spectaculaires.
Mais plusieurs publications scientifiques ont fait état récemment d'avancées, toutes fondées sur les grands modèles de langage ou sur du machine learning , bien que toutes ces approches nécessitent encore amélioration et surtout validation clinique rigoureuse.
De quoi s’agit-il ? Une étude portant sur une cohorte de plus de 2000 patients atteints de cancer du poumon et consistant en la compilation de données cliniques, de l’imagerie tumorale et de caractéristiques de la tumeur, a permis de prédire la réponse thérapeutique, avec une forte probabilité.
Une limite cependant peut être liée à des données incomplètes pour une majorité de patients.
L’application à un autre groupe de patients traités ailleurs (étude de "réplication"), conduit en effet à des résultats moins convaincants.
Une étude plus large portant sur près de 10 000 malades atteints de différents cancers et fondée sur des tests biologiques et sanguins procure toutefois une meilleure valeur prédictive que les classifications classiques.
Evaluer le risque de survenue d'une tumeur Plus marquants sont les résultats d’un travail de collègues britanniques récemment paru dans la prestigieuse revue Cell.
Ils ont analysé avec l'IA des milliers de protéines sanguines dans une population de 48 000 personnes au sein de la cohorte UK Biobank, parmi lesquels 375 ont développé un cancer du poumon.
Ils montrent que le dosage de 14 protéines prédit avec une forte probabilité la survenue du cancer, jusqu’à 5 ans en amont ! Ces résultats ont été validés sur une série de cohortes de patients et suggèrent l’existence d’un état de sensibilité précancéreuse pour lequel des pistes existent pour agir.
La prévention du cancer du poumon n’est pas encore à portée, des études prospectives sont nécessaires, mais la piste est sérieuse ! Plus spectaculaire encore, un travail chinois paru dans la même revue collige des paramètres sanguins, de routine pour l’essentiel, des données cliniques et une simple radiographie du thorax de 2,8 millions de personnes suivies au cours du temps, parmi lesquels 10 % environ ont développé un cancer.
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