Michel Foucault, étudiant sous surveillance
En 1946, Michel Foucault étudie à l’École normale supérieure à Paris. Le jeune normalien a du mal à s'intégrer à l'école et souffre de l’oppression subie due à son homosexualité. Une expérience douloureuse et déterminante dans la construction de sa pensée.
Septembre 1946. Paris. Dans le Quartier latin, la nouvelle promotion de l’École normale supérieure fait sa rentrée. Parmi les 38 garçons de la section lettres cette année-là… Michel Foucault. Cheveux courts plaqués en arrière, lunettes noires, léger sourire. Il a 20 ans et n’est pas encore philosophe. Mais un jeune étudiant, originaire de Poitiers, installé à Paris.
Au mois de septembre 1946, les journaux parlent de reconstruction, de société française à rebâtir. La population est libérée, mais la guerre continue dans les esprits. Apolitique, Michel est un acharné de travail. Du matin au soir, il ne jure que sur les livres. Être admis à l’école ne suffit pas, il faut montrer qu’on le mérite. Un seul objectif compte aux yeux de tous : "briller". Dans sa "thurne", chambre partagée avec d’autres élèves, Michel ne fait pas exception. Lui, le Poitevin au milieu des Parisiens, on le surnomme "Fuchs", renard en allemand, parce qu’il a le visage aigu et l’air malin.
Mais au fil des semaines, la promiscuité avec les élèves l’étouffe. Les murs de sa chambre se transforment en geôle. Michel plonge dans la solitude. Il a peu d’amis. Quand il croise des camarades, il se moque, les injurie. Il est très vite détesté. Son comportement choque. Un jour, dans une salle de classe, Michel est découvert étendu à terre. Il vient de se lacérer la poitrine à coups de rasoir. Une nuit, il poursuit un camarade le poignard à la main. Son tempérament est instable. Certains normaliens pensent qu’il est à deux doigts de basculer dans la folie. Mais que cache ce malaise ?
À intervalles réguliers, Michel a pris l’habitude de laisser ses fiches d’étudiant pour vivre une autre vie. Le soir, il part sans prévenir, puis on le retrouve quelques jours plus tard, assis en classe. Derrière ces absences, se cache une souffrance… Michel est homosexuel. En 1946, cela implique de vivre dans la clandestinité. Quatre ans avant, une loi instaurée par le régime de Vichy fait de l’homosexualité un délit. Michel fréquente les bars et lieux de drague homosexuels, mais toujours dans la peur et le secret. Quand il revient dans sa chambre rue d’Ulm, il reste prostré sur sa chaise, silencieux, dévasté par la honte. À qui parler ? En 1946, la simple rumeur d’homosexualité dans le monde universitaire briserait sa carrière… C’est le silence qui domine.
Les mois passent. En 1948, abattu par la souffrance de vivre dans le secret, le jeune homme fait une tentative de suicide. Il a 22 ans. Alerté, son père, le docteur Foucault, décide de l’interner à l’hôpital Sainte-Anne. Michel y découvre pour la première fois l’institution psychiatrique. À la sortie, le jeune normalien obtient une chambre tout seul dans l’infirmerie de l’école, l’isolant davantage de ses camarades.
Michel Foucault parlera peu de sa jeunesse. Les mots seront toujours discrets, pudiques, silencieux. Mais derrière ces pages blanches se niche des années de sévices.
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