POINT DE VUE. « Trois crises imbriquées »
« L’été 2026 semble donc s’achever sur le déploiement de trois crises plus ou moins reliées entre elles. Et il se trouve que toutes les trois touchent notre pays avec une force particulière.
La première, qui concerne la planète entière et qui constituera la « basse continue » rythmant les décennies à venir, est évidemment la crise climatique , dont on sait désormais que, malheureusement, elle frappe la France plus sévèrement que ses voisins. Elle crée une inquiétude profonde sur l’avenir même de notre société, sur le maintien de notre mode de vie dans ce qu’il a de plus banal. De ce point de vue, le spectacle des feux de forêt accompagnant la canicule a eu la force d’une métaphore tragique.
La seconde est la double crise internationale que représentent la guerre russo-ukrainienne et la prolongation du conflit ouvert par les États-Unis à l’encontre de l’Iran , dans un contexte d’effacement de plus en plus complet des instances régulatrices de l’ordre international. La guerre entre la Russie et l’Ukraine, désormais dans sa cinquième année, non seulement se prolonge sans terme prévisible, mais se radicalise de part et d’autre en suivant le lent processus de « montée aux extrêmes » dans lequel Clausewitz voyait une règle d’airain de tout conflit armé. Plus directement menaçant pour nous : les milieux du renseignement au sein de l’OTAN redoutent de plus en plus que la Russie ne cède à la tentation de l’escalade en testant la solidité de l’Alliance atlantique grâce à l’agression directe de l’un des membres de son front Est : pays balte, Pologne, ou Moldavie… L’été, de ce point de vue, a multiplié les signes inquiétants , le pire ayant été l’attaque manquée d’un drone sur un appareil ukrainien à l’aéroport de Leipzig… Il est également plus que probable que la Russie apporte son aide à la République islamique dans son entreprise réussie de résistance à l’offensive américaine, aide dont elle tire directement bénéfice en termes de cours du pétrole (si préjudiciable en revanche à nos économies) et d’épuisement de munitions américaines décisives, comme les missiles Patriot devenus de ce fait indisponibles pour l’Ukraine.
La troisième crise est plus étroitement nationale, qui se mêle en partie aux deux premières, tout en obéissant à sa dynamique propre. Crise de la dette , qu’aggravent lentement mais inexorablement les effets des deux crises précédentes ; crise sociale du pouvoir d’achat ; crise politique aussi, qui n’est certes pas récente, mais que la perspective de l’élection présidentielle tend plutôt à aggraver en rendant particulièrement difficile toute réponse structurée aux effets produits par les crises climatique et internationale sur lesquelles nous n’avons aucune prise immédiate.
C’est ainsi que s’affirme une forme de désarroi moral dont nous n’avons pas nécessairement conscience, mais qui n’en est pas moins très prégnant. Celui-ci porte sur le temps : l’avenir paraît opaque, ou plus exactement ce que nous pouvons en discerner ne semble recéler qu’une série de menaces multiformes, sans remède véritable. Or, faute d’un avenir un tant soit peu discernable, le présent lui-même tend à se vider de son sens.
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