"Que faire, sinon prendre des mesures d'austérité ?" : le regard de l'ancienne ministre du Travail italienne sur la France
Novembre 2011.
Elsa Fornero se souvient de tout comme si c’était hier.
La perte de crédibilité de l’Italie aux yeux des chefs d’Etat européens, l’optimisme de façade de Silvio Berlusconi, la pression des marchés financiers.
Et l’appel de Mario Monti qui lui donne à peine une heure pour accepter sa proposition d’entrer au gouvernement pour devenir sa ministre du Travail alors qu’elle est professeur d'économie à l'université de Turin, sans expérience politique.
Elle préparera en vingt jours une réforme considérable des retraites : recul de l'âge de départ (66 ans pour les hommes, 62 ans pour les femmes, avec un objectif de convergence sept ans plus tard), gel des pensions et indexation des conditions d'accès sur l'espérance de vie.
L'Express : Comment met-on en œuvre une réforme aussi structurante en à peine quelques semaines ? Elsa Fornero : On sentait littéralement dans l'air la crise financière qui approchait.
Il était clair que si nous laissions planer un doute, si nous prenions notre temps, le risque de déception, donc de sanction des marchés, était réel.
Nous mesurions la gravité de la situation.
J'ai donc travaillé d'arrache-pied et j'ai présenté la réforme des retraites en conseil des ministres le 5 décembre, après avoir commencé à plancher dessus le 17 novembre.
Mais entre ma profession de chercheuse et ma fonction de ministre devant concevoir, dans l'urgence, une réforme qui bouleverserait la vie des gens, il y a un monde.
Il a fallu gérer les désaccords entre l’Agence publique des retraites italiennes et le Trésor, la communication du projet, l’impopularité… On se souvient de vos larmes lorsque vous avez annoncé les sacrifices demandés aux Italiens...
Après le Conseil des ministres où nous avons présenté les mesures destinées à remettre l’Italie sur une trajectoire sûre, nous avons tenu une conférence de presse, à laquelle je n’étais pas préparée.
J’ai détaillé notre réforme des retraites … jusqu’à ce que les mots refusent de sortir.
J’ai fait un blocage, au moment de parler des efforts imposés aux retraités – habituellement, on ne touche pas aux droits de ceux qui sont déjà à la retraite, mais notre situation l’exigeait.
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