Les marchés prédictifs, un pari contre l'apocalypse, par Robin Rivaton
Octobre 1990.
Paul Ehrlich glisse un chèque de 576,07 dollars dans une enveloppe adressée à Julian Simon.
Pour le premier, biologiste à Stanford et auteur du best-seller The Population Bomb (1968) , l’explosion démographique mondiale devait conduire inéluctablement à des famines de masse et l'épuisement des ressources naturelles.
L'économiste Simon l'avait pris au mot, en lui proposant un pari.
Ehrlich pouvait choisir cinq métaux dont il anticipait la flambée - chrome, cuivre, nickel, étain et tungstène -, pour 200 dollars chacun.
Si leurs cours corrigés de l'inflation augmentaient sur une décennie, Simon s’engageait à lui payer la différence.
S’ils baissaient, Ehrlich en serait de sa poche.
Au cours des années 1980, la population mondiale a gagné 800 millions d'habitants.
Et les cinq cours ont chuté.
Sur d'autres périodes, le biologiste aurait gagné, objectent ses défenseurs.
Ils n'ont pas tort.
Des années de controverse sur la surpopulation n'avaient pourtant rien tranché, faute de prophétie suffisamment précise pour être démentie.
Le pari a obligé Ehrlich à s'engager sur une date, et sur un indicateur.
Le geste isolé de Julian Simon est devenu une industrie.
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