"La Punition" d’Arthur Dreyfus : comment l’auteur s’est sorti de l’enfer du chemsex
A ses débuts, auteur chez Gallimard et animateur sur France Inter, Arthur Dreyfus était le nouveau gendre idéal de la littérature française.
Il tombe le masque en 2021 : désormais publié chez P.O.L, il sort Journal sexuel d’un garçon d’aujourd’hui , un pavé de plus de 2 000 pages qui le révèle plus proche de Guillaume Dustan que de Philippe Besson .
En 2023, il revient au roman avec La Troisième Main , conte fantastique racontant les mésaventures d’un pauvre homme né avec un bras supplémentaire au milieu du ventre, qu’il ne contrôle pas.
C’est avec La Troisième Main qu’on a vraiment saisi le talent, et même le génie de l’écrivain, d’une intelligence et d’une fantaisie rares.
La Punition , qui vient de paraître et figure sur la sélection du prix Renaudot, est une sorte de suite réfléchie du Journal sexuel .
Arthur Dreyfus y raconte l’histoire secrète de son homosexualité.
A 16 ans, lors de son coming out, il enregistre la conversation houleuse qu’il a avec son père, honnête médecin lyonnais – discussion dingue qui est reproduite au début du livre.
Puis le jeune Arthur quitte Lyon pour Paris, fait ses débuts dans la vie et bascule dans la compulsion sexuelle (d’abord avec l’application de rencontre Grindr, ensuite avec le chemsex, un cocktail de 3-MMC, de kétamine et de crystal meth).
Sur plus de 1 000 pages, tour à tour fiévreuses, désespérées ou drôles, on le voit sombrer et se ressaisir peu à peu, jusqu’à ce qu’il se joigne à des groupes de parole des Narcotiques Anonymes.
Ceux qui liront jusqu’au bout cette captivante auto-analyse verront le docteur Dreyfus être confronté au discours qu’il avait tenu à son fils, au cours d’un dîner lui aussi enregistré – une scène mémorable, à la fois bouleversante et burlesque, comme Arthur Dreyfus en a le secret.
Le jour où nous rencontrons l’auteur dans un café parisien, les rôles s’inversent : c’est nous qui sortons notre dictaphone.
Dans La Punition , cherchant à qualifier son propre livre, Arthur Dreyfus invente un mot : "homobiographie".
Quels modèles avait-il en tête en se lançant dans ce projet fou, version post-moderne gay des Confessions de saint Augustin ? "Les deux premiers livres qui m’ont vraiment marqué, à la fin de l’adolescence, sont Mes parents d’Hervé Guibert et le Journal de Jules Renard.
Avec Renard, même si c’est plutôt ludique, j’ai découvert un nouveau champ de la littérature : la possibilité de déposer quelques éclats de la vie sur du papier, et qu’ils survivent.
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