IA et croissance : les scénarios des économistes au banc d'essai
Le prix Nobel d’économie Robert Lucas écrivait, en 1988, qu’une fois que l’on commence à réfléchir aux conséquences de la croissance économique, il est difficile de penser à quoi que ce soit d’autre.
Il entendait par ces mots quelque peu provocants rappeler une évidence: si les questions - plus souvent débattues - de redistribution, de politiques budgétaires, ou de lutte contre les récessions semblent essentielles au quotidien, dès lors que l’on considère un horizon plus lointain, même d’infimes variations de taux de croissance entre pays ou régions, accumulées sur longue période, feront toute la différence entre richesse et pauvreté, autonomie et dépendance, développement et stagnation.
En somme, à suffisamment long terme, la croissance, et elle seule, détermine notre destin économique.
Il semble, ces derniers temps, que l’adage s’applique, de manière particulièrement appropriée, aux effets de l’intelligence artificielle sur notre économie, et, plus largement, notre organisation sociale.
Dettes publiques, tarifs douaniers, conflits militaires, taxes Zucman , indexation des retraites ou politique monétaire trop agressive ; toutes ces considérations, qui enflamment la chronique économique de l’instant, semblent vouées à l’inanité face à la seule question qui paraisse devoir compter : l’IA sera-t-elle notre planche de salut économique, ou, au contraire, notre perte collective ? Chacun constate d’ores et déjà les progrès fulgurants des intelligences artificielles génératives, et leur utilité en tant qu’assistants, tant professionnels que personnels.
Ces derniers mois ont vu jusqu’aux plus sceptiques être éblouis par deux sauts qualitatifs successifs : les modèles dits de "raisonnement", capables de revenir sur leurs propres enchaînements intellectuels et donc d’éviter de s’enferrer dans l’erreur ; et le "tournant agentique", qui permet désormais aux intelligences artificielles de dépasser le cadre de la conversation avec l’utilisateur et d’intervenir directement dans la création de produits ou de documents, l’utilisation d’outils virtuels, ou la résolution indépendante de problèmes complexes.
Controverse scientifique Pourtant, si ces innovations technologiques se sont diffusées dans la société à une vitesse inédite, et si les prouesses scientifiques de l’IA ont déjà révolutionné les mathématiques ou la biologie, elles ne semblent pas encore avoir radicalement transformé le monde du travail ou accéléré la croissance économique de manière visible.
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