Des engrais cachés dans les sédiments au fond de l'océan Atlantique: la Namibie ouvre la voie à l'extraction de phosphate dans ses fonds marins, une première mondiale
Les organisations environnementales alertent sur les risques importants pour la faune et la flore marine, le fond de l'océan pouvant rejeter des métaux lourds. La Namibie a accordé les autorisations environnementales à un projet d'extraction de phosphate en mer, ouvrant la voie à la première opération commerciale au monde de dragage des fonds marins pour récupérer ce minerai, malgré l'opposition d'organisations écologistes et du secteur de la pêche.
L'exploitation minière en eaux profondes vise à exploiter des gisements sous-marins - pour le moment intacts - de diverses matières premières, notamment de cobalt et de nickel, mais cette industrie naissante est depuis longtemps freinée par des préoccupations environnementales .
Le certificat gouvernemental délivré courant août constitue une nouvelle étape du projet de la société Namibian Marine Phosphate (NMP) visant à draguer les fonds marins à environ 120 kilomètres au large de la ville de Walvis Bay (ouest) pour y extraire du phosphate, un composant-clé des engrais, essentiels à l'agriculture moderne.
NMP a indiqué que l'autorisation officielle ne signifie pas qu'elle entamera immédiatement des opérations d'exploitation commerciale, car elle doit encore finaliser des démarches d'obtention de permis - notamment pour les infrastructures terrestres indispensables.
Ce feu vert gouvernemental a suscité l'inquiétude des défenseurs de l'environnement, tandis que la Confédération des associations de pêche de Namibie a menacé, selon des informations de presse, de contester sa validité.
S'il devait se concrétiser, le projet Sandpiper constituerait une première mondiale, selon les écologistes, alors que l'exploitation d'autres gisements de phosphate en mer est justement freinée par des préoccupations environnementales.
NMP a déclaré envisager un dragage contrôlé sur une superficie d'environ 1,7 kilomètre carré par an, pour produire annuellement trois millions de tonnes de concentré de phosphate. Sur les 20 années pour lesquelles le certificat a été accorderait, cela représenterait l'équivalent de 0,002% des fonds marins de la Namibie, a précisé NMP après l'annonce de l'autorisation.
Le groupe avait obtenu une licence en 2011, mais le projet avait été interrompu en 2013 en raison de préoccupations concernant son impact sur les écosystèmes marins et sur l'industrie namibienne de la pêche commerciale, qui génère des millions d'euros.
Les nuages de sédiments générés par l'excavation et le traitement des fonds marins présentent des risques importants pour l'intégrité des écosystèmes et la santé publique, selon la scientifique marine Bronwen Currie.
Le dragage sous-marin va libérer des métaux lourds et des substances toxiques piégés dans les profondeurs des fonds marins , qui vont pénétrer dans la chaîne alimentaire marine et compromettre les stocks de poissons commerciaux, explique-t-elle.
Et comme le phosphate est une matière première de faible valeur, il faut en extraire de vastes quantités par dragage pour rendre les opérations viables, souligne-t-elle.
La Namibie n'est pas la seule à posséder des gisements de phosphate offshore, mais d'autres ont renoncé à l'exploitation minière sous-marine.
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