Les singes, héros des “haïkus visuels” de Masao Yamamoto
Si photographier consiste à “écrire avec la lumière”, Masao Yamamoto fait clairement partie des poètes. Avec son appareil, l’artiste japonais saisit “des instants fugaces du quotidien [qui] acquièrent une qualité éternelle, raison pour laquelle ses œuvres sont souvent qualifiées de ‘haïkus visuels’ ”, décrit le magazine hongkongais The Femin .
Observateur attentif de la nature, Masao Yamamoto “a passé les vingt dernières années à visiter le parc aux singes de Jigokudani [dans la région montagneuse de Nagano] pour photographier les macaques qui y vivent”, ajoute le magazine culturel japonais Pen .
Il en a tiré son dernier recueil photographique, Saru (“Singe”), qui paraît le 2 septembre aux éditions Textuel. Son travail est aussi exposé jusqu’en décembre à Lectoure, dans le Gers, dans le cadre du festival L’Été photographique.
Mondialement connus pour leurs baignades dans les sources chaudes, les macaques du parc sont révélés sous une nouvelle facette, poursuit Pen. “Leurs gestes et leurs actions les rendent plus proches des humains, reflétant nos propres faiblesses et notre véritable nature.”
Surtout, ils sont sublimés par “l’esthétique sereine [du photographe], qui exploite avec brio l’espace négatif, ses délicates tonalités monochromes évoquant la peinture à l’encre” .
Le photographe ne se fixe pas de sujet à l’avance, mais se promène et déclenche intuitivement.
“Si l’on a un objectif précis, on s’y enferme et on risque de passer à côté d’une autre scène intéressante, affirme-t-il. Au lieu de reproduire fidèlement la réalité, j’essaie de capturer l’atmosphère et les émotions que j’ai ressenties à ce moment-là.”
“Si la photographie occidentale met l’accent sur la capture de l’‘instant décisif’, poursuit The Femin, Masao Yamamoto se concentre davantage sur l’écart entre l’instant et l’éternité.”
Pour cela, les tirages qu’il présente revêtent une dimension particulière, signe d’une immanence ontologique de l’objet photographique.
Venu à l’art par la peinture, Yamamoto trempe souvent le papier photographique dans du thé ou de l’eau de neige, il abrase et déchire les bords, allant jusqu’à peindre directement sur les images.
“Ces techniques, à la fois destructives et réparatrices, créent un espace entre réalité et illusion”, ajoute le magazine hongkongais. Ainsi, “ses images ne sont jamais des enregistrements froids et austères, mais des objets poétiques empreints de chaleur et de traces artisanales” .
Les macaques de Yamamoto “nous plongent dans nos souvenirs d’enfance et le mystère inhérent à la photographie elle-même, explique Didier Bruis, le galeriste qui le représente à Paris, cité par Pen. Il est attiré par les petits instants de la nature, de la vie, que personne d’autre ne perçoit. Mais ce sont des choses que chacun porte en soi.” —
5News a agrégé ce résumé depuis le flux public du média. L'article complet, avec tout le contexte, est sur www.courrierinternational.com — le contenu appartient à Courrier International.