A Jacmel, en Haïti, il y a des prostituées au grand cœur, par Christophe Donner
Si vous avez aimé C’était ça ou mourir, le livre de Thélyson Orélien, et qu’après les révélations qui n’en finissent pas de secouer le monde des lettres, vous doutez que Haïti existe, Marie Madeleine , le film de Gessica Généus, va vous remettre les idées en place.
Haïti n’est pas une entité virtuelle, puisqu’on y réalise des films.
Dans celui-ci, il y a trois sortes de gens, les mystiques, les prostituées, et celui qui est entre les deux.
Le temple est juste en face du bordel, et Joseph (Béonard Monteau) passe d’un côté à l’autre de la rue.
Il est photographe.
Il pourrait être écrivain.
Il regarde les humains tomber, promenant son élégance autistique entre deux mondes qui se détestent, se contestent, œuvrent à la disparition de l’autre.
Un jour Joseph prend des photos de baptêmes, un autre jour des filles d’en face.
Le film a été tourné à Jacmel, ses maisons coloniales, sa grande misère, les touristes de l’extrême et autres amateurs d’effondrement vont adorer.
L’histoire de Marie Madeleine commence de la manière la plus cliché qui soit ; camée à mort, elle échoue sur le parapet du bord de mer, couverte de sang.
Joseph lui porte secours, l’emmène au dispensaire d’où ils se font chasser comme des malpropres : "Dégage avec ta pute, qu’elle aille avorter ailleurs !" Marie Madeleine s’effondre dans la rue, Joseph parvient à la ramener dans son bordel où on a l’habitude de ce genre de choses.
Une histoire d’amour se noue entre le bon samaritain photographe et la fille perdue, mais ne va pas jusqu’au baiser, elle se demande pourquoi, nous aussi, mais cela nous sort déjà un peu de la banalité.
On entre vraiment dans l’inouï et le fascinant avec la précision ethnologique des choses vues dans ce quartier déliquescent où un homme accusé de "fait de loup-garou" est condamné au "supplice de l’opération Père Lebrun", adaptation haïtienne du necklacing sud-africain consistant à passer autour du cou du condamné un pneu auquel on met le feu avec de l’essence.
Je ne me souviens pas avoir lu ça dans le roman d’Orélien.
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