"C'est comme l'âge de pierre": pionnier dans la robotique, les téléviseurs et les jeux vidéo, pourquoi le Japon est aujourd’hui à la traîne sur l’intelligence artificielle
Le Japon a pris un certain retard dans l’utilisation et le développement de l’intelligence artificielle. Face à une culture d’entreprise parfois jugée trop rigide et prudente, le gouvernement nippon veut accélérer. Et des start-up émergent déjà. Le Japon a-t-il un problème avec l’intelligence artificielle ? C’est en tout cas ce que laissent penser plusieurs études, qui soulignent le retard du pays dans l’adoption de l’IA dans le monde du travail et l’industrie. Une situation d’autant plus surprenante que le Japon fait face à une pénurie de main-d’œuvre majeure, aggravée par un vieillissement démographique rapide . Sans réformes structurelles, le pays pourrait perdre 9,56 millions de travailleurs d’ici 2040, ramenant sa population active à 57,68 millions de personnes. Dans le même temps, les plus de 65 ans représentent déjà plus de 29% de la population, soit environ 36 millions de personnes, une proportion qui pourrait atteindre 35% d’ici 2040.
Sur le papier, les entreprises japonaises devraient donc constituer un terrain particulièrement favorable à l’adoption de l’IA pour automatiser certaines tâches et compenser le manque de travailleurs. Pourtant, le pays semble encore loin du compte. Selon un rapport publié fin 2025 par l’OCDE, seuls 8,4% des travailleurs japonais utilisent l’IA dans le cadre de leur activité professionnelle. À titre de comparaison, cette proportion atteint environ 50% aux États-Unis et 32% au Royaume-Uni, selon Gallup. À Singapour, l’un des pays asiatiques où l’adoption de l’IA est la plus forte, 56% des travailleurs déclarent même l’utiliser “plusieurs fois par semaine”.
Une situation étonnante pour l’un des pays qui, des années 1970 aux années 1990, était perçu comme une véritable superpuissance industrielle et technologique. Walkman, téléviseurs, magnétoscopes, appareils photo, consoles Nintendo, robotique industrielle et électronique grand public : le Japon a longtemps incarné l’image d’une nation en avance sur son temps, au point de nourrir l’imaginaire d’un pays venu du futur. Quarante ans plus tard, le contraste est saisissant… dans la course à l’intelligence artificielle, Tokyo semble cette fois avoir pris du retard.
Le retard du Japon dans l’intelligence artificielle s’explique notamment par une culture d’entreprise peu encline à prendre des risques, une forte dépendance à des systèmes et processus encore analogiques, ainsi qu’une pénurie de talents dans le numérique. À cela s’ajoute une culture de la prudence et du consensus, profondément ancrée dans les entreprises japonaises, qui peut ralentir la prise de décision et l’expérimentation. Face à une technologie qui évolue à un rythme effréné, cette approche pourrait ainsi empêcher les entreprises japonaises de prendre le virage de l’IA aussi rapidement que leurs concurrentes étrangères.
Le frein ne serait toutefois pas uniquement culturel : la structure même des entreprises japonaises semble également ralentir l’adoption de l’IA. Selon une enquête de Nikkei Research et Reuters largement reprise dans le pays, environ 41% des entreprises japonaises n’ont aucun projet d’utilisation de l’IA générative.
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