Afghanistan. « Un apartheid de genre » : depuis le retour des talibans, cinq ans de négation des femmes
Les filles restent privées d’éducation par les talibans, qui continuent de bafouer les droits des femmes et d’étouffer la société civile depuis leur retour au pouvoir le 15 août 2021.
Cinq ans après leur retour au pouvoir, les talibans dirigent toujours l’Afghanistan d’une main de fer en réduisant considérablement l’espace laissé aux femmes et aux voix dissidentes. Depuis 2021, c’est le seul État du monde à interdire aux filles de recevoir une éducation après l’école primaire . Interdites d’enseignement secondaire et supérieur, les jeunes Afghanes sont privées de tout avenir. « C’est désespérant. Les Afghans aspiraient à un retour à la stabilité et à la sécurité après des décennies de guerre mais on ne s’attendait pas à une politique aussi dure vis-à-vis des femmes », commente Sonia Cautain, cheffe de projet à l’hôpital français de Kaboul jusqu’en 2025. « L’Afghanistan est une prison pour les femmes mais aussi pour tous les Afghans », ajoute la Française qui a vécu très longtemps dans le pays. « Les hommes souffrent aussi énormément de la situation. J’ai vu beaucoup de papas en larmes parce que leurs filles de 11 ans ne pourraient pas aller au collège. »
L’interdiction de l’éducation des filles ne fait pourtant pas l’unanimité au sein des talibans. « Il y a des écoles clandestines où des talibans envoient leurs filles mais ils privilégient l’unité du mouvement et ce qui fait sa force », explique Jean-François Cautain, le mari de Sonia, qui a travaillé dans des ONG et pour l’Union européenne (UE) à Kaboul. « La situation des femmes est telle qu’on ne peut pas la réduire à de simples pratiques patriarcales. Les restrictions sur l’éducation et sur la possibilité de sortir de sa maison ou de travailler sont un véritable apartheid de genre », souligne Ahmad Fahim Abdullatif, chercheur au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po.
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