Entre l’Europe et le Canada, le coup de foudre est réciproque
Un Canada qui tient tête à Donald Trump, une Union européenne qui ne veut plus être humiliée par le président des Etats-Unis : Ottawa et Bruxelles ont tout pour s'entendre ces jours-ci, au point d’envisager que le Canada, dont la Maison-Blanche prétendait faire "le 51e Etat américain", devienne au contraire le premier Etat tiers "associé" à l’UE.
Le statut, cependant, reste à inventer et la tâche n’est pas simple.
"Je voudrais ouvrir la porte au Canada pour qu’il devienne le premier membre associé de l’Union européenne", a déclaré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, mercredi 16 septembre devant le Parlement européen à Strasbourg .
Dans l’assistance, le Premier ministre canadien, Mark Carney, était aux anges.
Les deux partenaires ont un intérêt fort à s’unir.
Le rapprochement est engagé depuis longtemps - l’accord de libre-échange eurocanadien, le Comprehensive Economic and Trade Agreement (Ceta), a été signé en 2016 - mais il s’est intensifié depuis l'arrivée de Carney au pouvoir l'an dernier.
Le Canada est anxieux de diversifier ses débouchés car les barrières protectionnistes érigées par Trump aux Etats-Unis entravent son accès à son premier marché d'exportation.
L’Union européenne, elle, a intérêt à sécuriser ses approvisionnements en métaux rares pour casser sa dépendance chinoise.
Or, le Canada dispose en abondance de minéraux essentiels pour la transition énergétique et la souveraineté technologique : uranium, lithium, nickel, cobalt, aluminium, graphite, titane, cuivre, terres rares… Du point de vue européen, il est préférable de les acheter à une grande démocratie occidentale membre de l’Otan, plutôt qu’à la Chine.
Sur le plan politique, Ottawa et Bruxelles ont intérêt à se serrer les coudes dans un monde en pleine fragmentation.
"Nous partageons les mêmes valeurs, nous avons les mêmes priorités et nous avons des points forts très complémentaires", a expliqué Mark Carney dimanche dernier.
Le Canadien avait fait sensation en janvier au Forum économique mondial de Davos en exhortant les "puissances moyennes" à s'unir pour protéger leurs souverainetés plutôt que de se soumettre aux puissances hégémoniques que sont l’Amérique et la Chine, qui n’hésitent pas à user de leur domination économique comme d’un moyen de coercition.
En matière de défense militaire et de fabrication d’armes, l’UE et le Canada, engagés tous deux dans un soutien coûteux à l’Ukraine face à l’agression russe, ont aussi intérêt à un rapprochement .
Le Canada est devenu l’an dernier le premier Etat tiers à rejoindre l'initiative européenne Security Action for Europe (Safe) qui facilite les achats conjoints d'équipements militaires.
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