"Face à la Chine, la disparition de l'automobile européenne est un risque réel" : l'alerte de l'économiste Brad Setser
Au tournant des années 1990-2000, l’explosion des exportations manufacturières chinoises vers les pays développés – aujourd’hui désignée comme le premier "choc chinois" - a frappé de plein fouet certains bassins industriels américains, offrant au trumpisme, deux décennies plus tard, un formidable carburant électoral.
Un quart de siècle après ce premier choc, le commerce mondial doit absorber une nouvelle vague d’exportations chinoises .
Cette fois, c’est l’Europe qui serait en première ligne, affirme Brad Setser.
Pour l’économiste américain, de nombreux secteurs industriels, au premier rang desquels l’automobile allemande , seraient menacés.
Alors que Donald Trump s’apprête à rencontrer Xi Jinping ce jeudi 24 septembre, le chercheur au Council on Foreign Relations invite les Européens à ne plus compter sur les Etats-Unis, qui auraient "purement et simplement renoncé à faire pression sur la Chine".
L’Europe devrait au contraire concentrer ses efforts à la construction d'une "politique industrielle plus active" et "trouver un moyen de protéger son marché".
Entretien.
L’Express : Qu’est-ce que le deuxième "choc chinois" et qu’est-ce qui le différencie du premier ? Brad Setser : Cette expression désigne une forte augmentation des exportations chinoises qui évince du marché les producteurs de biens manufacturés de certaines économies avancées comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Japon, la France, l’Allemagne ou l’Italie, et entraîne des pertes d’emplois ainsi que des bouleversements dans les régions à forte activité manufacturière.
Le premier choc remonte à peu près à l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
On avait alors assisté à une accélération de la croissance des exportations chinoises, de 10 à 30 % par an.
L’assemblage final de toute une série de produits avait été transféré en Chine.
A l’époque, certains pensaient, aux Etats-Unis du moins, que toute personne perdant son emploi dans une région déménagerait pour en trouver un autre ailleurs.
Mais cela ne s’est pas passé ainsi, et les gens ont préféré rester là où ils avaient construit une partie de leur vie.
Les conséquences économiques et sociales de ces pertes d’emplois furent très importantes : une augmentation du recours aux prestations sociales, une hausse de la mortalité – ce que l’on a appelé les "morts de désespoir" -, et un déplacement du vote vers les partis populistes de droite hostiles au libre-échange.
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