"La France est confrontée à une crise d'identité sans précédent" : l'analyse de Gilles Kepel
C'est un périple passionnant dans les vieilles et nouvelles failles identitaires de notre pays.
Il y a deux ans, Gilles Kepel, grand spécialiste du Moyen-Orient comme des "banlieues de l'islam", a décidé de prendre son bâton de pèlerin (athée) pour suivre le chemin de Saint-Gilles, pèlerinage le plus important au Moyen-Age.
Il raconte aujourd'hui ce parcours initiatique dans Pèlerinage français (Albin Michel).
Du Puy-en-Velay à Saint-Gilles du Gard, il a croisé catholiques revendicatifs, protestants dans les Cévennes, puis islamistes, narcotrafiquants et municipalités RN plus au sud.
Mais il y aura un "happy end", ses multiples rencontres sur le terrain lui confirmant qu'"il n’y a pas de fatalité à la polarisation identitaire".
Pour L'Express, le politologue explique comment les clivages identitaires ont remplacé la lutte des classes, s'exacerbant à quelques mois de l'élection présidentielle, alors même que Donald Trump vient d'imputer à "l'islam" et à "l'immigration de masse hors de contrôle" la responsabilité du mouvement lycéen dans notre pays...
L'Express : Pourquoi avoir fait ce pèlerinage alors que vous n’êtes pas croyant ? Gilles Kepel : Au moment où les failles identitaires semblent remplacer de plus en plus les clivages sociaux pour exprimer les malaises de notre société, il m’a semblé intéressant de m’immerger dans celle-ci pour les expérimenter au plus profond, à travers cette démarche qui reprend un pèlerinage très ancien de la chrétienté, afin de lui redonner sa profondeur historique, dans ses multiples facettes et aspects.
Cela fait plus de quatre décennies que j’observe ces phénomènes, dans la France et l’Europe, en miroir à l’expérience que j’ai accumulée également dans le monde arabo-musulman.
En 1987, j’avais parcouru les quartiers populaires pour mon livre Les banlieues de l’islam , en me servant comme analyseur des manifestations de l’islamisme égyptien que j’avais auparavant étudié sur place lors de l’assassinat de Sadate.
J’ai essayé désormais de mobiliser toute cette expérience à un moment qui me semble paroxystique pour la France, confrontée à une crise d’identité sans précédent à la veille d’une élection présidentielle de 2027 polarisée comme jamais entre les deux extrêmes du champ politique, et qui correspondait aussi, sur le plan personnel, à ma mise au ban de l’université un an avant le terme que j’étais fondé à atteindre.
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