Ce satellite va assister à sa propre mort et tout enregistrer
L’Agence spatiale européenne prépare, pour 2027, le lancement de Draco, un satellite construit pour se désintégrer sous ses propres capteurs. L’engin embarquera 200 capteurs et quatre caméras pour filmer sa propre rentrée atmosphérique, et une capsule transmettra ensuite les données recueillies vers le sol.
Prononcez Draco, mais comprenez Destructive Re-entry Assessment Container Object . Vous vous souvenez peut-être de cette espèce de cube développé par l’Agence spatiale européenne (ESA) et l’entreprise espagnole Deimos, sous un contrat de 3 millions d’euros pour la phase de démarrage.
L'’engin pèse entre 150 et 200 kg, fait la taille d’une machine à laver selon l’ESA et volera moins de douze heures avant sa rentrée atmosphérique complète, le temps que ses 200 capteurs et ses quatre caméras mesurent en temps réel la température, la dégradation des matériaux et les émissions de gaz à chaque altitude. Une capsule de 40 cm, conçue pour résister à la chaleur, conservera ces données et les transmettra vers un satellite géostationnaire pendant sa descente en parachute, avant l'’amerrissage.
Draco appartient au programme Space Safety de l’ESA, dont la charte « Zero Debris » a pour objectif d’arrêter, d’ici 2030, toute création de nouveaux débris en orbite.
Une fois la capsule séparée du reste du satellite, la géométrie de l’engin devra stabiliser sa chute sans tournoiement incontrôlé, à partir de trois configurations déjà éprouvées.
La capsule déploiera ensuite un parachute vers 10 km d’altitude et disposera d'une fenêtre de 20 minutes pour transmettre entre 20 Mo et 1 Go de données à un satellite géostationnaire avant l’amerrissage, tandis que des marqueurs verts, fournis par l’entreprise espagnole Astros Solutions, seront visibles depuis le sol et depuis les airs, pendant une campagne d’observation externe destinée à recouper les mesures internes.
Les ingénieurs prévoient aussi un essai final du parachute depuis 25 km d’altitude, largué par ballon, pendant que la construction du satellite se poursuit jusqu’à la fin de l’année.
Le 30 juillet 2022, un étage de la fusée chinoise Longue Marche 5B, d’une masse de 25 tonnes, a effectué une rentrée atmosphérique sans aucun contrôle , avant de s’abîmer dans l’océan Indien, au large des Philippines. Cette chute était la troisième du genre pour ce type de lanceur, après des débris tombés en Côte d’Ivoire en mai 2020 et une désintégration au-dessus de la péninsule arabique en avril 2021. Contrairement à la plupart des lanceurs, le corps de la fusée chinoise atteint l’orbite avec sa charge utile, sans dispositif de désorbitation contrôlée.
Les données de Draco doivent nourrir le « design-for-demise », une méthode de conception poussant les fabricants à choisir des matériaux capables de brûler entièrement en altitude, plutôt que de retomber en un seul morceau imprévisible.
Depuis 1957, environ 8 836 satellites ont été envoyés en orbite et 5 362 restent aujourd’hui en service, selon l’Office des Nations unies pour les affaires spatiales (UNOOSA).
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