"Prendre le contrôle de l’eau": comment les cyberattaques pourraient transformer une ressource vitale en arme de guerre à distance
Les réseaux d’eau sont devenus des cibles privilégiées des cyberconflits modernes. Si l’eau a toujours été une ressource stratégique en temps de guerre, la numérisation des infrastructures rend désormais les réseaux et les chaînes d’approvisionnement plus vulnérables aux cyberattaques, faisant de leur protection un enjeu de cybersécurité, de sécurité nationale et de santé publique. L’eau a souvent été une cible privilégiée lors des conflits, et les cyberconflits pourraient bien accentuer encore la pression sur cette ressource stratégique. Pour les chercheurs, la sécurité de l’eau relève désormais de la sécurité nationale, alors que les chaînes d’approvisionnement et les infrastructures critiques restent particulièrement vulnérables.
Dans les conflits modernes, en effet, le cyberespace est devenu un terrain d’affrontement à part entière . Les hostilités peuvent être précédées ou accompagnées de cyberattaques discrètes visant les réseaux qui pilotent des infrastructures essentielles, notamment celles liées à l’approvisionnement et au traitement de l’eau, mais également liés aux télécommunications, voire aux réseaux électriques.
"De l’approvisionnement en eau potable des particuliers à la production alimentaire, en passant par la fabrication de microprocesseurs et le refroidissement des centres de données, les systèmes d’eau sont essentiels à de nombreux secteurs de l’économie", souligne Feras Batarseh, professeur associé de génie des systèmes biologiques à Virginia Tech .
Selon lui, ces infrastructures constituent pourtant une cible stratégique encore insuffisamment protégée face à la montée des cybermenaces. Plusieurs incidents récents illustrent cette vulnérabilité. Aux États-Unis, une attaque coordonnée fin juillet 2026 aurait ciblé les systèmes opérationnels de plus de 30 réseaux d’eau communautaires dans le Minnesota.
Le FBI a notamment alerté sur l’exploitation d’automates connectés par des acteurs affiliés à l’Iran. Au Canada, une usine d’eau potable de Saint-Noël, au Québec, aurait également été ciblée à l’été 2026 par des pirates informatiques russes, qui auraient désactivé des alarmes et modifié le dosage du chlore.
Les conséquences potentielles d’une cyberattaque contre ces infrastructures sont particulièrement importantes: contamination de l’eau par la modification des traitements chimiques, interruption de l’approvisionnement après l’arrêt des systèmes de pompage ou de filtration, manipulation de vannes pouvant provoquer des variations de niveau ou des inondations, mais aussi paralysie des réseaux par des rançongiciels.
Une attaque informatique ne nécessite donc pas de détruire physiquement une infrastructure pour perturber l’accès à l’eau: il peut suffire de prendre le contrôle de ses systèmes numériques.
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