Incendies en Gironde : après la reconstruction, le mur financier de l’adaptation climatique
L’État promet plus de 100 millions d’euros pour aider la Gironde et les Landes à se relever des incendies de cet été. Une première facture qui en cache une autre, autrement plus lourde : celle de l’adaptation de la France au changement climatique. Elle se chiffrera en milliards d’euros et posera une question de plus en plus pressante : pourra-t-on encore tout assurer, partout ?
Sébastien Lecornu a promis de sortir « l’artillerie lourde ». Il va effectivement falloir commencer à sortir le chéquier. Après les incendies qui ont ravagé la Gironde et les Landes cet été, l’État va débloquer immédiatement 12 millions d’euros pour aider les collectivités à engager les premiers travaux.
Au regard de l’ampleur des dégâts, la somme peut paraître modeste. Mais elle n’est qu’une première enveloppe. Il faut y ajouter les exonérations de cotisations sociales, de taxe foncière et de cotisation foncière des entreprises (CFE) pour les entreprises sinistrées. Au total, le gouvernement estime que l’effort public pourrait dépasser 100 millions d’euros. Et ce n’est que le début.
Car après l’urgence vient la reconstruction. Et la priorité du gouvernement tient en un mot : aller vite. Les permis de construire pourront être délivrés en moins d’un mois afin de permettre de reconstruire « à l’équivalent » les bâtiments détruits.
Pour y parvenir, l’exécutif entend s’inspirer de la méthode utilisée après l’incendie de Notre-Dame de Paris. Une loi d’exception avait alors permis de déroger à certaines règles d’urbanisme, d’environnement ou de voirie afin d’accélérer le chantier. La recette semble décidément à la mode. Pour accélérer la réindustrialisation, l’État veut également lever les blocages administratifs qui pèsent sur 150 projets industriels jugés stratégiques.
Une habitude qui finit par soulever une question assez simple : si, chaque fois que la France veut construire vite, elle doit commencer par déroger à ses propres règles, n’est-ce pas le signe qu’elle s’en est imposé un peu trop ? Mais c’est un autre débat.
Il reste surtout une autre facture, considérable : celle des assurances. Sébastien Lecornu les a prévenues. Elles devront être au rendez-vous pour indemniser rapidement les sinistrés. Le Premier ministre a même menacé de rendre public le nom des compagnies qui ne « joueraient pas le jeu ».
À court terme, la question est donc de savoir combien elles vont payer. À plus long terme, elle devient autrement plus délicate : pourra-t-on continuer à assurer aux mêmes conditions des maisons construites dans des zones où le risque d’incendie augmente ?
Le principe même de l’assurance repose sur la mutualisation d’un risque. Mais lorsque ce risque devient plus fréquent, plus prévisible et surtout beaucoup plus coûteux, l’équation se complique. Les primes augmentent, les franchises aussi et les assureurs deviennent nécessairement plus exigeants sur les biens qu’ils acceptent de couvrir.
Le sujet dépasse d’ailleurs largement les incendies. Inondations, sécheresses, retrait-gonflement des argiles, tempêtes : avec le changement climatique, la géographie du risque évolue.
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