POINT DE VUE. « Rassurer, clé de la croissance »
Selon le ministère de l’Économie, la consommation de carburants a reculé de 9 % en juillet par rapport à 2025, ce qui est beaucoup. Cet été, les Français ont continué d’adapter leurs déplacements au prix élevé des carburants. Comment ces prix à la pompe évolueront-ils demain ? Mystère.
Un facteur d’incertitude de plus dans une période qui n’en manque pas. Les aléas pèsent lourdement sur l’économie. Comment va évoluer la géopolitique ? Quel impact des canicules à répétition ? Quel argent mettre de côté pour protéger son logement contre la chaleur ? Un budget sera-t-il voté ? Les pensions seront-elles revalorisées ? Partout, le grand flou.
C’est une des raisons pour lesquelles les prévisions de croissance sont si difficiles à établir : l’horizon n’est pas clair et les inquiétudes dominent. Un matin, c’est la récession qui pointe son nez ; le lendemain, l’activité rebondit comme au deuxième trimestre (+ 0,2 %). La seule chose certaine est que flou rime avec mou, le scénario étant désormais celui d’une croissance à 0,7 % , du quasi-surplace.
Les entreprises ne sont pas les seules à s’interroger. Les ménages font aussi des arbitrages. Le niveau record du taux d’épargne illustre leurs doutes sur l’avenir. C’est notamment le cas des retraités, qui anticipent des mauvaises nouvelles sur leurs pensions. Mettre de côté est en réalité le réflexe de tout un pays, qui devine intuitivement que la situation catastrophique des finances publiques exigera des efforts.
Or, l’économie française est « sur le fil du rasoir », avertissait la semaine dernière, Gilles Moëc, le chef économique d’Axa, dans Les Échos . La faiblesse de la progression des salaires, qui découle de faibles gains de productivité, fait reposer sur la seule mobilisation de l’épargne une consommation qui est aujourd’hui très moyenne : nos achats, 46 milliards d’euros par mois, sont au même niveau que dans les années 2010.
La consommation déterminant l’emploi et les salaires, toute épargne supplémentaire nuit à la croissance. Ici, une parenthèse nécessaire : il est clair que nous devons consommer moins de produits qui réchauffent notre climat et davantage ceux qui nous aident à nous adapter à celui qui arrive. Les ventes de pompes à chaleur, de voitures électriques et même de climatiseurs, etc., ne doivent pas décroître mais croître.
La question clé est donc de redonner confiance pour que les Français tournent le dos à cette fuite excessive vers l’épargne . Le rôle des responsables politiques va être déterminant. Sur le budget 2027, vont-ils s’écharper et créer un stress inutile alors que chacun sait que la copie sera retouchée après mai ? Sont-ils capables d’un minimum de consensus ? L’enjeu est le même sur la présidentielle. La France a besoin de sérénité et de réponses calmes sur les revenus des classes populaires et moyennes, ses finances publiques, le défi climatique, l’éducation et la sécurité. Elle n’a pas besoin d’hystérie. Est-ce trop demander ? C’est possible.
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