Comment l’affaire Charles Sapin-France inter est instrumentalisée par les politiques
Prenez un groupe audiovisuel ayant fait l’objet d’une âpre bataille politique, ajoutez un recrutement qui détonne, saupoudrez d’un contexte inflammable. Vous obtiendrez un cocktail de mauvaise foi qui permettra à chacun d’avoir la confirmation de ce qu’il dénonce. Voilà comment peut se résumer, sur le plan politique, le conflit social qui couve à France inter après l’annonce de l’arrivée de Charles Sapin , journaliste politique récemment recruté par le magazine ultraconservateur Valeurs actuelles .
Âgé de 34 ans, l’intéressé a d’abord officié au sein du journal libéral L’Opinion , puis au Figaro et au Point avant d’avoir été bombardé dans l’été directeur adjoint de la rédaction de l’hebdomadaire, condamné en 2020 pour injure raciste . Sur le plan professionnel, Charles Sapin est considéré comme un spécialiste de l’extrême droite (une qualification qu’il refuse d’employer pour le RN), ayant notamment rédigé un essai sur la vague nationale populiste qui progresse en Europe. Un CV et une aisance en plateau qui ont donc conduit la direction de France inter à lui confier un édito hebdomadaire.
Refus net des salariés du groupe : une motion exigeant son retrait de l’antenne, assortie d’un préavis de grève, a été votée à l’unanimité lors d’une assemblée générale mercredi 2 septembre. Motif : l’étiquette sulfureuse qu’il porte désormais en tant que représentant de Valeurs actuelles , qui plus est en amont d’une campagne présidentielle dominée, à ce stade, par l’extrême droite. Mais pas de quoi faire flancher la direction qui a annoncé maintenir, ce jeudi 3 septembre, la chronique de Charles Sapin. Mais en plus de secouer la Maison Ronde, l’affaire intéresse aussi les politiques, conscients de la charge symbolique portée par la radio.
Sans surprise, le journaliste a reçu le soutien de toute la sphère d’extrême droite, médiatique comme partisane. Érigé en martyr de la liberté d’expression par Pascal Praud, Charles Sapin s’est attiré la sympathie de plusieurs députés RN. « Enfin une bonne chronique », s’est enthousiasmée le député lepéniste de l’Ain Jérôme Buisson, quand son collègue de la Somme, Matthias Renault a même consacré une vidéo à cette histoire. « Vivement la privatisation », a renchéri Marion Maréchal, ressuscitant les débats houleux qui ont accompagné la sortie du (controversé) rapport Alloncle sur l’audiovisuel public . « L’extrême gauche n’est pas propriétaire de France Inter. Ce chantage digne des pires dictatures est ahurissant. On attend la réaction de la ministre ! », a réagi Éric Ciotti.
Ainsi pour l’extrême droite et ses satellites, l’affaire est entendue : l’histoire illustre l’inexistence de la neutralité au sein du service public, dont les journalistes sont décrits comme allergiques au pluralisme, à l’heure où le RN caracole en tête des sondages. Une déconnexion présumée qui justifierait donc de démanteler le groupe. Et tant pis si ces chauds messages de soutien adressés à Charles Sapin aggravent la suspicion qui lui est portée par ses détracteurs internes, qui ont ainsi la démonstration que l’intéressé est bien perçu comme un allié par l’écosystème d’extrême droite.
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