"En France, le chaos ne fait peut-être que commencer" : l'analyse d'un historien américain spécialiste de Mai 68
Et si les scènes de chaos du 17 octobre n'étaient que le début d'une spirale dont la France pourrait avoir du mal à sortir ? Et la colère lycéenne , le miroir d'une classe politique enfermée dans un dialogue de sourds depuis des décennies ? Professeur associé d'histoire au Boston College et spécialiste de la pensée française contemporaine, Julian Bourg explique pourquoi le pays traverse une crise moins imprévisible que celle de Mai 68 , mais à bien des égards plus difficile à endiguer politiquement.
L'Express : Avez-vous été surpris par l'ampleur des violences du 17 octobre ? Julian Bourg : Oui.
Leur ampleur dépasse celle des violences observées lors des gilets jaunes en 2018, et même celle des émeutes de 2005 où les affrontements étaient concentrés dans certains quartiers.
En revanche, leur nature m’a moins étonné.
Depuis les mouvements altermondialistes des années 1990, les black blocs suivent les mêmes stratégies.
Ils s'inscrivent dans une tradition anarchiste selon laquelle la confrontation violente doit révéler la véritable nature de l'Etat, considéré lui-même violent, et provoquer une crise conduisant à sa dissolution.
Cette tradition remonte au XIXe siècle.
Et puis, plusieurs dynamiques ont convergé.
Lesquelles ? Entre 500 000 et 800 000 personnes étaient dans la rue, dans un esprit de générosité et de fête tandis que les black blocs étaient prêts à passer à l'action et, en fin d'après-midi, des personnes venues des banlieues affluaient à leur tour.
On parle beaucoup d'une convergence des revendications, mais j’y vois plutôt deux dynamiques qui se rejoignent : celle des black blocs et celle de personnes issues de quartiers défavorisés dont j’interprète les passages à l’acte sous un angle psychosocial.
Cela me rappelle les analyses de Gustave Le Bon sur la psychologie des foules : les violences de ces jeunes relèvent davantage d'une dynamique collective que d'un programme politique.
Briser une vitrine peut donner le sentiment de retrouver une forme de puissance.
J'ai été particulièrement frappé par l'étendue des destructions, notamment ces quelque 1 500 commerces pris pour cible.
Aucune revendication ne peut être rattachée à ces destructions.
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