Agnès Varda, sur les planches d'Avignon
En 1948, Agnès Varda part durant l’été en Avignon afin de photographier la "Semaine d’art", ancêtre du festival. Proche de Jean Vilar, la jeune fille de 20 ans photographie l’esprit du festival en train de naître et se forge un premier œil d’artiste.
1948. Avignon. Une jeune fille débarque dans la cité provençale. C’est l’été et la "Semaine d’art", ancêtre du festival, s’apprête à lancer sa deuxième édition. Dans son sac, la jeune fille a emporté quelques chemises, des socquettes blanches et un Rolleiflex. Elle n’est pas venue ici comme spectatrice, mais comme photographe. Que sait-elle du théâtre ? Rien. Qu’espère-t-on d’elle ? Beaucoup. Elle s’appelle Agnès Varda. Elle a 20 ans.
Dès son arrivée, Agnès est impressionnée. Il y a de quoi. La ville s’est transformée en chantier pour répondre au vœu d’un homme : Jean Vilar. Âgé de 36 ans, il veut faire du théâtre un art accessible à toutes et tous et le sortir du huis clos parisien. Pour cela, Avignon et son architecture doivent s’adapter à cet enjeu. Agnès le connaît depuis son adolescence à Sète. Elle a passé de nombreux étés sur les plages avec lui, sa femme Andrée, et a même été la baby-sitter de leur enfant à Paris. Quand Jean lui a proposé de venir photographier le festival, elle a tout de suite sauté de joie. Comment ne pas accepter une telle mission ? Fougue de la jeunesse. Désir d’aventure, surtout. Depuis quelques mois, elle a commencé à songer à son avenir. La photographie est décidément ce qui revient tout le temps dans sa tête. Sa meilleure amie, Valentine Schlegel, l’encourage à ne pas lâcher. Comme Valentine l’inspire, elle ne va pas lâcher. Ces semaines dans le Sud pourraient lui donner des ailes. Dans tous les cas, ici, il y a du soleil.
Mais à présent, en face de la cour d’honneur du palais des Papes, elle ne croit plus du tout en ses capacités. Agnès doute. Que va-t-elle apporter avec sa courte formation à la photographie : deux ans d’études aux cours du soir de la rue de Vaugirard. Jusque-là, sa pratique est amateur : fabriquer des albums photos des enfants du 14e arrondissement qu’elle offre à des parents tout contents ! À Avignon, toute seule, Agnès pense qu’elle ne sera pas à la hauteur…
Le festival commence. D’abord, Agnès gratte la guitare sous le plateau et apporte l'eau dans les loges. Puis Jean Vilar, froid et surmobilisé, lui donne de nouvelles missions : photographier les décors des pièces et quelques répétitions. Peu à peu, la jeune autodidacte prend confiance. Elle se tient sur le toit, monte sur une échelle, s’approche de plus en plus près des comédiens et les photographie. Maquillages, maquettes des décors et costumes, tout passe devant son objectif. Agnès photographie aussi les coulisses de la vie de troupe. Toute une atmosphère de festival en train de faire ses premiers pas. Agnès ne veut pas simplement commenter l’événement par la photo, mais capturer l’esprit de la scène, l’humeur qui se dégage de cette entreprise collective. La photographie théâtrale est en train de s’inventer.
À 20 ans, cette première pratique de la photographie est le déclencheur de sa vocation artistique.
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