« La généralisation du repas étudiant à un euro n’est pas sans risque »
L’alimentation étudiante s’est imposée, ces dernières années, comme un objet majeur de la recherche et de l’action publique. La crise sanitaire a mis en évidence la vulnérabilité financière d’une partie de la population étudiante, et le développement d’associations comme Cop1 ou Linkee a rendu cette réalité visible.
Les enquêtes récentes en confirment l’ampleur : selon l’enquête Bien-être et santé des étudiant·es 2024 de l’Observatoire national de la vie étudiante (OVE-BSE), un étudiant sur dix a recours à une aide alimentaire, 30 % se trouvent en situation d’insécurité alimentaire, et près d’un quart a renoncé à des soins pour des raisons financières.
Les pouvoirs publics et les acteurs de l’enseignement supérieur se sont saisis de ces constats : soutien renforcé aux associations, puis instauration du repas à un euro pour les étudiants boursiers ou identifiés comme précaires. Portée par les députés, adoptée à l’Assemblée nationale puis obtenue dans le cadre des négociations budgétaires pour 2026, la généralisation du repas à un euro à l’ensemble des étudiants, entrée en vigueur en mai 2026, prolonge cette dynamique.
Dans un contexte où les montants des bourses n’ont pas suivi l’inflation de la dernière décennie, cette mesure participe d’une ambition que nous partageons : faire de l’accès à une alimentation abordable une dimension reconnue des conditions d’études.
Pour autant, les travaux de recherche invitent à ne pas réduire l’enjeu alimentaire à la seule question du prix et soulignent, au contraire, l’importance de la qualité de l’offre alimentaire, qu’il s’agisse de sa diversité, de sa qualité nutritionnelle ou de sa durabilité.
Les résultats de l’enquête OVE-BSE vont dans ce sens : si une majorité d’étudiants fréquente régulièrement les restaurants universitaires (65 %), seuls 56 % se déclarent satisfaits de leur alimentation, tandis qu’un tiers souhaiterait une meilleure prise en compte des enjeux de transition écologique. L’alimentation comporte en outre des dimensions sociales que la seule baisse des tarifs ne règle pas : près d’un étudiant décohabitant (ne vivant pas chez ses parents, NDLR) sur deux prend le plus souvent ses repas seul, révélant des formes d’isolement préoccupantes.
Les démarches participatives, telles que la convention citoyenne étudiante conduite à l’université Sorbonne Paris-Nord, confirment cette aspiration des étudiants à une alimentation suffisante, favorable à la santé et respectueuse de l’environnement. L’idée d’une parenthèse étudiante durant laquelle il serait normal de manger mal et de se priver n’apparaît plus tenable, ni du point de vue des étudiants, ni au regard des connaissances scientifiques : l’alimentation est une composante essentielle du bien-être et de la santé, dont les effets se prolongent bien au-delà des années d’études.
C’est précisément là que réside le risque d’une généralisation du repas à un euro menée sans moyens supplémentaires conséquents. Le financement d’un tarif unique pour tous mobilise des ressources qui ne seront plus disponibles pour d’autres chantiers.
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