Soupçons de peste en Russie, l'éclairage de Filippa Lentzos (King's College) : "Le problème tient moins à une urgence sanitaire qu’à l’incertitude"
Que s'est-il passé à l'Institut de recherche anti-peste d'Irkoutsk, en Sibérie ? La question brûle les lèvres des spécialistes, virologues et microbiologistes en tête, après qu'une employée de 28 ans, Darya Shipilova, est décédée récemment d'une pneumonie d'origine inconnue .
Le scénario en rappelle un autre : la pandémie de Covid-19 commencée à Wuhan, en Chine, où réside un institut de virologie qui étudiait les coronavirus (bien que la piste d'une origine naturelle est toujours privilégiée, tandis que la fuite accidentelle du Sars-CoV-2 du laboratoire n'est absolument pas prouvée).
Pour l'heure, les autorités sanitaires russes n'ont pas établi de lien entre le décès de la jeune femme et une infection à Yersinia pestis , la bactérie responsable de deux des pandémies les plus meurtrières de l'histoire : la peste noire et la peste de Justinien.
Et malgré les premières informations faisant état de dizaines de personnes placées en quarantaine à proximité du centre de recherche, Moscou affirme qu'il n'y a aucun risque d'épidémie.
Néanmoins, ce décès a suscité des inquiétudes dans le monde entier , notamment en raison du long passé de l'Union soviétique en matière de recherches avancées sur les armes biologiques, qui ont déjà conduit à des épidémies de charbon et de variole.
A la suite d'informations non confirmées faisant état d'un deuxième cas inhabituel de pneumonie dans la région, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a demandé des précisions aux autorités russes.
Le président américain Donald Trump a quant à lui déclaré mercredi 7 octobre qu'il prévoyait de s'entretenir "très prochainement" avec le président russe Vladimir Poutine, tout en rejetant la thèse de manipulations secrètes dans ce laboratoire pour créer une arme biologique.
Les experts en santé publique soupçonnent cependant que les autorités russes ont déjà séquencé l'agent pathogène impliqué dans le décès de Darya Shipilova, et ils s'interrogent sur les raisons pour lesquelles cette information n'a pas été rendue publique.
Pour Filippa Lentzos, maître de conférences au King's College de Londres, spécialisés dans les menaces biologiques, "des accidents de laboratoire se produisent bel et bien" à travers le monde, mais "nous ne disposons pas d’une vision mondiale fiable de leur fréquence".
Elle appelle donc à une transparence totale pour éviter une future catastrophe.
L'Express : Quelle est votre analyse de la récente alerte concernant la peste en Russie ? Que sait-on à ce stade, et quelles sont encore les principales incertitudes ? Filippa Lentzos : A ce stade, je pense que la prudence est essentielle.
5News a agrégé ce résumé depuis le flux public du média. L'article complet, avec tout le contexte, est sur www.lexpress.fr — le contenu appartient à L'Express.