A Bordeaux, le grand retour de Jean Dupas
Impossible de les manquer.
Elles vous regardent sans vraiment vous voir.
Le port altier, le visage impassible, les épaules sculptées et ce cou interminable qui semble défier l'anatomie, qu’un critique des années 1930 raillait en évoquant des "tuyaux de poêle".
Un siècle plus tard, les femmes de Jean Dupas, parfois accompagnées d’une antilope ou d’une colombe, sont devenues la signature d'un artiste que le musée des Beaux-arts de Bordeaux (MusBA) entreprend enfin de réhabiliter avec une première rétrospective consacrée à l’enfant du pays, né ici en 1882, Grand Prix de Rome en 1910, peintre, décorateur et figure majeure de l’Art déco, qui rêvait de transformer le quotidien en œuvre d'art.
Le jeune Girondin, qui a suivi les cours des Beaux-Arts de Paris avant de rejoindre Rome comme pensionnaire de la Villa Medicis, a su très tôt la voie qu'il entendait suivre.
"C'est à Rome [...] que j'ai eu l'occasion d'affirmer [...] la direction qui allait être celle de toute ma vie.
C'est-à-dire celle de compositeur." Le terme n'a rien d'anodin.
Plus que des tableaux, Dupas compose des ensembles où peinture, architecture et arts décoratifs ne font qu'un.
Ses œuvres sont pensées pour habiter des murs, des palais, des paquebots, des théâtres.
Cette ambition irrigue l'ensemble du parcours déroulé par la commissaire de l'exposition, Margaux Wymbs, qui souligne que "l’artiste est, avant tout, guidé par la quête du beau, l'équilibre parfait des lignes, des couleurs et des volumes".
Chez lui, le récit s'efface derrière la composition.
Le regard n'est pas invité à suivre une intrigue mais à se perdre dans une harmonie savamment construite.
Jean Dupas, "Affiche pour le XVe Salon des Artistes décorateurs", 1924.
Plusieurs pièces maîtresses témoignent de cet agencement maîtrisé, comme Les Perruches , où oiseaux tropicaux, végétation luxuriante et figures féminines semblent suspendus hors du temps.
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