Hanna Notte, spécialiste de la Russie : "Poutine ne s’attendait pas à une rupture complète avec l'Occident"
Ces dernières années, Hanna Notte s’est imposée comme l’une des expertes incontournables sur la Russie.
Nulle surprise, donc, si les meilleurs spécialistes du sujet tels David McCloskey, ancien analyste de la CIA, ou Jake Sullivan, ex-conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis, font l’éloge de son récent ouvrage, We Shall Outlast Them: Putin’s Global Campaign to Defeat the West (août 2026) .
Une analyse chirurgicale de la façon dont Vladimir Poutine a réorienté sa stratégie afin de tenir tête à l’Occident depuis le début de la guerre en Ukraine .
En exclusivité en France, la politologue, directrice du programme de non-prolifération Eurasie au James Martin Center for Nonproliferation Studies, livre les enseignements les plus frappants de son enquête.
Du redoutable système de contournement des sanctions occidentales mis au point par le maître du Kremlin aux secrets de l’efficacité de sa propagande, sans oublier les coûts associés à cette "résilience".
Hanna Notte expose également les défis que devra relever l’Occident pour faire face à l’approche russe, qu’elle juge par endroits "tout à fait exceptionnelle".
L'Express : Dans votre livre, vous montrez comment, après l'invasion de l'Ukraine, la Russie a profondément recalibré sa stratégie afin de tenir tête à l'Occident.
Le fait que votre titre reprenne, comme vous le soulignez, une phrase prononcée par Nikita Khrouchtchev en 1956 ("nous vous enterrerons" ) ne suggère-t-il pas que la confrontation avec l’Ouest est bien antérieure à la guerre ? Hanna Notte : La confrontation avec l'Occident, ou du moins la contestation par la Russie de l'architecture de sécurité européenne telle qu'elle s'est constituée depuis la fin de la guerre froide, est effectivement antérieure à l'invasion de l'Ukraine.
En témoignent certains moments charnières, comme le discours de Munich en 2007, au cours duquel Poutine avait publiquement dénoncé la domination américaine et l'architecture de sécurité européenne, ou l'annexion de la Crimée en 2014, qui a marqué une rupture majeure avec les pays occidentaux.
Cela dit, en envahissant l'Ukraine, Poutine ne s’attendait sans doute pas à une rupture complète avec l'Occident.
Lorsqu'il a lancé son "opération militaire spéciale", il pensait probablement que la guerre serait rapide, qu'elle entraînerait l'effondrement de l'Etat ukrainien et qu'elle permettrait d'installer un gouvernement favorable à Moscou.
Mais son calcul s'est révélé erroné.
Non seulement l'Ukraine a résisté, mais les pays occidentaux ont également imposé des sanctions massives à la Russie, la laissant largement isolée de cette partie du monde.
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