"Jamais je n'avais vécu pareille situation. Maintenant, je suis une paria financière": en Argentine, les défauts de paiement des ménages ont triplé en un an et sont au plus haut depuis la terrible crise de 2001
En cumulant les impayés auprès des banques mais aussi auprès d'entités non-financières, 5,8 millions d'Argentins sont en défaut – sur 20 millions d'endettés au total. D'un côté, il y a la dette chronique, pathologique, de l'Argentine , qui lui vaut la scrutation des agences de notation financière et 23 programmes de financement avec le Fonds monétaire international en 70 ans. De l'autre, il y a aussi l'endettement de millions de ménages argentins, qui atteint des records sous le gouvernement Milei.
Andrea, mère célibataire, raconte la spirale depuis qu'elle a perdu son emploi il y a un an quand sa papeterie a fermé, puis qu'elle a échoué à se lancer comme traiteur, s'endettant un peu plus, de 1 à 5 millions de pesos (600 à 3.000 euros) en quelques mois. Elle ne donne pas son nom de famille, refuse toute photo : "Je ne veux pas qu'ils sachent au collège de ma fille", qu'elle arrive à peine à régler.
Les Experts de l'immo : Qu'est-ce que le crédit hypothécaire ? - 08/07 27:17 Selon un récent rapport de la Banque centrale (BCRA), les défauts de paiement des ménages argentins auprès des banques ont triplé en un an, passant à 12,8% (des crédits) en mai. Un plus haut depuis 23 ans, après une hausse ininterrompue depuis 19 mois, à peine freinée en juin.
En cumulant les impayés auprès des banques mais aussi auprès d'entités non financières, 5,8 millions d'Argentins sont en défaut – sur 20 millions d'endettés au total – selon une estimation de la CEPA d'après les données de la Centrale des débiteurs de la Banque centrale. Plusieurs facteurs entrent en jeu : le pouvoir d'achat rogné par le retard des salaires réels sur l'inflation et par la baisse des subventions aux services de base (gaz, électricité, transports), une inflation ralentie (33% en interannuel) qui dans les faits prive certains d'un allègement du poids de leur dette, mais aussi les taux exorbitants que pratiquent certains.
Il est particulièrement prégnant chez les jeunes : quatre personnes sur dix âgées de 18 à 21 ans n'arrivent pas à rembourser leur crédit, et sur ce groupe, 9 sur 10 sont endettées avant un premier emploi, selon la banque publique Banco Provincia. Autres vulnérables : les travailleurs du secteur informel et tous ceux qui n'ont pas accès au crédit des banques. Ils se tournent, à court d'option, vers des prêteurs hors du système financier, à des taux qui étranglent encore plus.
C'est comme un "esclavage financier, parce qu'on s'endette pour subsister, avec la plateforme elle-même", affirme-t-il. Deux entreprises concernées, Rapido Ya et Gurpi, n'ont pas donné suite aux sollicitations. Récemment, la plateforme de paiement Mercado Pago a été visée par une plainte au pénal pour usure, déposée par un politicien de gauche, pour des microcrédits à des taux dont le coût effectif total dépasse 1.300%.
Cibles aussi, les adolescents, via les applications de porte-monnaie numérique. "Pas besoin d'attendre d'être adulte", vante la publicité d'une d'elles, qui offre à partir de 13 ans des lignes de crédit rapides, gérables sur téléphone.
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