Entre le Canada et l’UE, “un non-nom qui en dit long”
Faire du Canada un “membre associé” de l’Union européenne (UE). Convenir plutôt d’une “alliance unique” avec le Vieux Continent. Ou encore nouer une “alliance pour l’avenir”. Deux discours et une semaine plus tard, le débat sémantique, si secondaire soit-il, n’est toujours pas réglé. Et l’épais brouillard entourant, des deux côtés de l’Atlantique, cette volonté de partenariat renouvelé se retrouve malheureusement à soulever davantage d’interrogations que l’optimisme que le projet aurait dû au contraire susciter, fût-il d’abord ficelé.
Le symbole de cette visite de Mark Carney au Parlement européen [les 16 et 17 septembre] était important, le Premier ministre canadien y ayant été accueilli en “rock star” incarnant “la résistance à [Donald] Trump”, conformément à la vision qu’en ont des élus de l’hémicycle, qui ont eux-mêmes fait les frais de l’intimidation et de l’extorsion du président, pour leur part sans broncher ou presque.
Aux côtés de M. Carney, ces alliés traditionnels des États-Unis devenus parias à leur tour étaient désormais enfin prêts à braver la tempête, après avoir si chaudement applaudi le politicien canadien à Davos, et à s’unir concrètement pour de bon face à ce nouveau désordre mondial. En développant une “résilience collective” contre les moyens de pression et la coercition de l’hégémon, telle qu’exposée par Mark Carney dans ce nouveau discours éloquent.
Il faut dire que ce même Donald Trump venait à point nommé d’en confirmer le caractère impératif, ayant menacé l’UE la veille d’imposer de nouveaux tarifs, voire de cesser tout commerce avec le deuxième marché mondial s’il osait ainsi s’adapter face à son impondérabilité… Le président s’était justement indigné (tout comme certains élus européens non centristes) de cette nomenclature (inexistante à l’UE) de “membre associé” brandie [mercredi 16 septembre] par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Ce débat terminologique importe évidemment bien moins que la teneur même qu’aura cette alliance, toute naturelle, entre deux partenaires aux affinités indéniables qui cherchent à resserrer leurs liens avec un allié étant, lui, digne de confiance. Si tant est qu’elle soit bientôt précisée. Car d’ici là, rien ne garantit, bien au contraire, que les foudres de Donald Trump ne s’abattront pas de plus belle également sur le Canada. Nonobstant le fait que Mark Carney ait pris la peine de mettre des gants blancs et de préciser qu’il n’était aucunement question de créer un “troisième bloc pour devenir une grande puissance rivale”.
Laisser planer l’idée d’un nébuleux rapprochement allant d’une simple collaboration renouvelée jusqu’à l’octroi d’un titre officiel de membre associé, à six semaines d’un sommet entre le Canada et l’UE à Montréal, qui devrait en dévoiler les tout premiers détails, a ouvert toute grande la porte à une succession de questions.
Que les fils d’une telle entente sur mesure inédite n’aient pas encore tout à fait été attachés, soit. Mais les deux parties auraient vraisemblablement dans ce cas mieux fait de patienter.
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