Le Canada de Mark Carney, une boussole pour l’Europe face aux grandes puissances
Je rentre du Canada – dont je suis aussi citoyenne – avec l’impression d’avoir assisté à une petite révolution patriotique.
Depuis deux ans, les drapeaux canadiens fleurissent devant les maisons, sur les voitures, aux fenêtres.
Autrefois, beaucoup de Canadiens auraient trouvé cela trop démonstratif, trop patriotique, bref, trop américain.
C’est donc l’un des paradoxes de l’époque : pour résister aux Etats-Unis de Donald Trump, les Canadiens se mettent à leur ressembler un peu.
Dans les cafés, même l’"americano" – lavasse dont je raffole – a presque systématiquement été barré du menu et rebaptisé "canadiano".
Partout des autocollants "elbows up !" exhortent les Canadiens à ‘relever les coudes’ – comme au hockey pour se débarrasser de son adversaire.
Il faut dire que vis-à-vis du Canada, Trump se déchaîne : depuis son retour, menaces tarifaires , provocations sur la souveraineté canadienne et négociations commerciales chaotiques se succèdent.
Et ceci dans un rapport de force totalement asymétrique : en 2025, 71,7 % des exportations canadiennes de marchandises allaient encore vers les Etats-Unis, et 58,8 % de ses importations en venaient.
Pour Ottawa, tenir tête à Washington n’est donc pas un geste purement symbolique : c’est accepter un réel risque économique.
C’est ce qui a donné une telle force au discours de Mark Carney à Davos, en janvier.
Quelques mois après son élection, le monde découvrait qu’un ancien banquier central pouvait parler de géopolitique avec finesse.
Carney y constatait la "rupture" de l’ordre international et appelait les puissances moyennes à cesser de subir.
Elles ne peuvent rivaliser seules avec les grandes puissances, disait-il, mais ne sont pas pour autant condamnées à l’impuissance.
Depuis, Carney essaie de mettre cette doctrine en pratique.
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