Royaume-Uni : masqués et habillés de noir, des militants d’extrême droite britanniques traquent les migrants
Le 5 septembre dernier, des centaines d’hommes masqués, vêtus de noir, bloquaient une route du port de Douvres. Le lendemain, à Portsmouth, ils tentaient d’empêcher le débarquement d’un bateau transportant un groupe d’exilés venant de traverser la Manche .
Depuis, les actions de ce genre se multiplient : manifestation devant le Daily Mail à la suite d’un article jugé trop critique, harcèlement des membres de l’association de sauveteurs en mer RNLI, pression sur les entreprises qui conduisent les migrants vers les centres d’accueil…
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Au Royaume-Uni, cette dernière itération du mouvement anti-immigration répond à l’appel de Daniel Thomas. Cet activiste d’extrême droite (alias Danny Tommo) s’est illustré en tentant d’organiser un débarquement de Britanniques sur les plages du Nord de la France en janvier 2026, avant d’être interdit d’entrée sur le territoire. L’homme est actuellement en détention provisoire jusqu’au 1er mars 2027, soupçonné de dégradations volontaires sur une embarcation de migrants en pleine Manche. Le mouvement se poursuit donc sans lui : ils étaient 80 à Sheffield le 11 octobre, et plusieurs dizaines à Londres au même moment, à défiler dans des quartiers mixtes.
Parmi ceux qui se revendiquent de cette armée de patriotes venus reprendre le contrôle du Royaume-Uni , l’organisation anti-raciste Hope Not Hate a identifié de nombreux hommes ayant de multiples condamnations, notamment pour violence contre les femmes . Cette fusion de plusieurs groupes anti-immigration est un nouveau pas, observe Matthijs Gardenier, maître de conférences à l’université Paul-Valery de Montpellier, et auteur du livre Vigilantisme et Idéologie de la sécurité .
On avait jusque-là du vidéo-activisme, avec des militants qui provoquaient des interactions et faisaient œuvre de vigilantisme en créant des films et des images pour mobiliser le public. Cette fois, on est sur un véritable vigilantisme de contrôle de groupe social, qui prend pour cible des individus considérés comme délinquants, ou une population perçue comme criminogène.
Pour lui, il s’agit pour l’instant de coups d’éclat symboliques plutôt que d’une sécurisation physique ou violente de la frontière . Il souligne néanmoins que ces actions portent une dimension du squadrisme (un mouvement paramilitaire fasciste d’Italie) , apparu dans les années 1920, lorsque les groupes fascistes d’Italie ou les corps francs en Allemagne disposaient d’hommes extrêmement mobiles. La Patriot Platform britannique a elle aussi une capacité de projection nationale.
Ces activistes exhibent volontiers des bibles ou des crucifix, car ils ont recours à la religion comme à un marqueur identitaire pour s’opposer à une immigration qui serait non-chrétienne , souligne le chercheur. Cette mobilisation de rue anti-minorités qui caractérise l’extrême droite britannique de rue depuis quasiment sa naissance est actuellement portée par un cycle de grandes mobilisations d’extrême droite, et par une logique de surenchère.
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