Cette jeunesse éduquée à se croire fragile, par Julia de Funès
Il est devenu presque impossible de parler de la jeune génération sans commencer par l’inventaire de ses malheurs.
Elle serait désorientée, privée de repères, écrasée par le climat , les réseaux sociaux , la géopolitique, les crises économiques, l’avenir.
Au point qu’on finit presque par comprendre qu’elle ne veuille plus faire d’enfants, tant l’avenir lui est présenté comme une suite de menaces plutôt que de possibles.
Le diagnostic n’est pas faux.
Beaucoup peinent à se projeter, à croire que l’effort paiera, à imaginer une trajectoire stable.
Mais aucune génération n’a reçu un monde simple ! Les nouvelles générations sont-elles réellement plus à plaindre que d’autres ? Certaines ont traversé la guerre, la déportation, l’occupation ; d’autres le chômage de masse, le sida… L’histoire n’a jamais promis à quelque génération que ce soit un avenir tranquille.
Alors qu’est-ce qui a changé ? La dureté objective du monde ou la manière dont nous, adultes, apprenons aux plus jeunes à le regarder ? Il est frappant de voir que nous leur présentons désormais comme des menaces ce qui relevait autrefois des contingences ordinaires de l’existence.
A commencer par l’incertitude .
A nous entendre, l’incertitude n’aurait jamais été aussi grande qu’aujourd’hui.
Mais quelle génération y a échappé ? Il n’y a rien de plus constant, donc de plus certain, que l’incertitude elle-même ! Ce qui change, ce n’est donc pas sa présence, mais son statut : de condition ordinaire de l’existence, elle devient un danger.
Nous leur décrivons l’incertitude comme un péril, rarement comme une ouverture, et presque jamais comme une possibilité.
Le réel se psychopathologise Même glissement avec la vulnérabilité.
Certes, nous n’avons jamais autant sommé l’individu de devenir la meilleure version de lui-même, mais jamais on ne l’a autant convaincu qu’il était fragile, sinon victime.
D’un côté, il faudrait se réaliser, s’optimiser, se dépasser.
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