Ils contrôlent plus de 90 % du marché de la bière au Japon : pourquoi ces quatre géants sont soupçonnés de cartel par l’Autorité de la concurrence nippone
L’Autorité de la concurrence nippone met à l’index les grands brasseurs japonais. Et lance, dans un contexte inflationniste, un signal aux entreprises tentées par l’entente et les pratiques anticoncurrentielles.
Une tempête dans un verre… de bière. Mercredi, la JFTC, équivalent japonais de l’Autorité de la Concurrence française, a mené simultanément des perquisitions chez les quatre grands brasseurs qui se partagent leur marché intérieur (plus de 90 % des ventes à eux quatre) pour dénoncer bruyamment une supposée entente. Des cadres de Kirin, Suntory, Asahi et Sapporo sont soupçonnés de s’être coordonnés sur leurs prix en secret, en excluant notamment Orion, autre acteur plus petit du secteur. L’enquête pourrait déboucher sur des poursuites pénales. Une action spectaculaire, menée devant les caméras du pays, qui est aussi un avertissement envoyé à toutes les grandes entreprises du pays.
C’est la deuxième fois que la JFTC se distingue en quelques mois avec une opération d’envergure. Mi-juin, elle avait conduit des perquisitions chez six fabricants de crème glacée locaux , soupçonnant ici encore une entente : calendrier d’annonce d’augmentations des prix similaires, arguments justifiant ladite hausse identiques, ratio d’augmentation proches… Un activisme élevé pour cette institution, longtemps demeurée en sommeil dans l’Archipel.
Sur le papier, la JFTC ne manque pas de moyens. Rattachée au bureau du Premier ministre mais indépendante, elle dispose de larges pouvoirs d’enquête, de sanction et de réglementation. Ses cinq membres sont approuvés par les deux chambres parlementaires. Mais, historiquement, son manque d’initiative l’avait fait surnommer « le chien de garde qui n’aboie pas » au sein de la bureaucratie nippone. Les cadres d’entreprises étrangères au Japon s’étonnent fréquemment en privé de la tolérance des autorités japonaises (et des consommateurs) pour des pratiques qui, dans des marchés comparables, laisseraient supposer une entente.
Ce décalage perçu entre le Japon et le reste du monde avait eu des conséquences dramatiques dans les années 2010, lorsque les autorités anticoncurrentielles américaines avaient infligé d’énormes amendes et envoyé en prison des cadres d’équipementiers japonais pour entente sur les prix de leurs pièces, estimant qu’ils lésaient le consommateur américain.
Or quelque chose a changé au Japon ces dernières années : le retour de l’inflation. La hausse du coût de la vie pour les Japonais, plus rapide que celle de leurs salaires réels, les appauvrit. Mais ce phénomène monétaire sert aussi de prétexte aux entreprises en position de force , par exemple membres d’un oligopole, pour augmenter leurs prix bien davantage que la seule hausse des coûts des intrants. « Dans la construction, le manque de main-d’œuvre et la flambée des cours des matières premières sont réels, mais ils ne justifient pas l’explosion récente des devis des chantiers » , s’émeut un hôtelier dont l’établissement entame sa (coûteuse) rénovation.
Ces pratiques incitent la JFTC à redoubler de vigilance et sanctionner les cas les plus flagrants, ou les plus répandus, d’entente.
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