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Culture

Brouiller les identités avec Katie Kitamura

France Culture ·
Brouiller les identités avec Katie Kitamura

Le Regard Culturel poursuit son tour d'horizon de la rentrée littéraire états-unienne à l'occasion du festival America avec aujourd'hui, le très mystérieux récit de Katie Kitamura, qui raconte l'arrivée dans un couple d'un fils peut-être fantasmé.

Au festival America, qui commencera demain à Vincennes, vous pourrez rencontrer entre autres Katie Kitamura, qui est journaliste, critique et écrivaine d’origine japonaise, et dont le nouveau roman, L’Audition , est paru chez Stock dans une traduction de Céline Leroy. Le portrait d’une cinquantenaire, comédienne, dont toute l’existence se trouble alors qu’elle fait la rencontre d’un jeune homme. un roman court et étrange, tissé de fausses pistes, qui raconte l’ambivalence des sentiments maternels, et l’identité clivée. Un livre qui paraît d’abord ne pas être grand chose, un peu trop délicat à la limite du chichiteux, mais qui pourtant reste en tête longtemps après, et produit de vraies images dérangeantes.

Ça commence dans un restaurant new-yorkais du quartier des affaires, un lieu bondé et improbable pour la narratrice de cette histoire, qui travaille au théâtre, et qui ne fréquente jamais ce genre de cantine pour banquiers. Elle ne comprend pas pourquoi Xavier lui a donné rendez-vous là pour déjeuner, et nous lecteurs, nous ne comprenons surtout pas qui est ce Xavier, un jeune homme de vingt-cinq ans, à la fois charmeur et maladroit, qui semble vouloir quelque chose - mais quoi. Est-ce qu’il est amoureux de cette grande comédienne qu’il a vue dans un film mythique ? Est-ce qu’il cherche un travail à Broadway ? Et pourquoi a-t-elle accepté ce rendez-vous qu’elle semble vivre avec un mélange de honte et de curiosité ? La rencontre vite avorte, alors que le mari de l’héroïne fait aussi son entrée dans cet improbable restaurant, pour ressortir aussitôt - les a-t-ils vus ? soupçonne-t-il une liaison ? Ne serait-ce pas lui qui aurait quelque chose à se reprocher ? En un chapitre, Katie Kitamura campe moins une situation amoureuse et psychologique qu’elle ne la découd avec virtuosité, et le reste est à l’avenant.

Bien vite on apprend que Xavier pense être le fils de l’héroïne, qui pourtant n’a jamais eu d’enfant. Enfin en est-on vraiment sûrs, quand dans un second temps, elle et son mari accueillent le jeune homme chez eux, dans une intimité de plus en plus serrée, comme leur propre fils ? L’autrice tient tout le long l’ambiguité et l’incertitude etc’est toute la force du livre, qui devient de plus en plus inquiétant, à mesure que la présence de ce fils, fantasmé ou non, existant ou non, devient de plus en plus envahissante. Il y a alors presque quelque chose du récit horrifique, on pense à des histoires d’intrusion, quand un personnage dont on ne connaît pas bien le statut, ni le rapport avec les habitants d’une maison prend de plus en plus de place.

C’est ce qui me plaît le plus dans le roman de Katie Kitamura, dont j’aime moins la sophistication métaphorique et symbolique : quand résonnent trop fort les échos entre sa profession d’actrice - qui fait d’elle supposément une personne sensible et perméable - et la crise d’identité qu’elle subit.

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