ENTRETIEN. « Vladimir Poutine a érigé son virilisme autoritaire en modèle »
Vladimir Poutine a-t-il été un précurseur du masculinisme en politique ? En restreignant les libertés des Russes sur les questions de genre, de sexualité et de parentalité, le maître du Kremlin a fait du contrôle des corps un redoutable instrument de pouvoir. Le président russe a inspiré une « internationale réactionnaire » dans laquelle se reconnaissent, aujourd’hui, de nombreux dirigeants mondiaux, à commencer par Donald Trump, observe Lukas Aubin. Spécialiste de la géopolitique de la Russie et directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), il publie Le sexe de Poutine : genre, pouvoir et contre-culture en Russie, à paraître le 26 août 2026, aux éditions Textuel (160 pages, 18,90 €).
La dislocation de l’URSS, en 1991, avait précipité une libéralisation de la sexualité. Une époque révolue ?
Très clairement. Dans les grandes villes, s’était opérée une occidentalisation relative des mœurs avec l’émergence de mouvements LGBT + et féministes visibles dans l’espace public. Mais en 2012, quand Vladimir Poutine se fait réélire une troisième fois, il fait face à une forte contestation d’une jeunesse russe libéralisée, qui ne se reconnaît pas dans cet individu qui incarne une forme de verticalité et de soviétisme. Petit à petit, il serre la vis sur les questions de genre et de sexualité. On assiste à un virage réactionnaire, jusqu’au contrôle des corps tel qu’on l’observe aujourd’hui.
L’école était un bastion assez libéral en Russie, avec des professeurs souvent anti-régime ou, du moins, ouverts sur le monde, qui avaient pu voyager à l’étranger dès les années 1990. À partir de 2012, une forme de traditionnalisation de l’enseignement est instaurée par le régime. Le pouvoir essaie de contrôler la parole des enseignants ; il modifie les manuels scolaires autour de la contre-révolution conservatrice poutinienne, en y inscrivant le fait que la normalité c’est un papa, une maman, le mariage, des enfants…
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