ÉDITORIAL. Portrait d’une France ric-rac
Il y a ce ticket de caisse qu’on relit encore une fois. Le sentiment de ne pas avoir fait d’excès tout en sortant sa carte bancaire avec un soupir. C’est la France ric-rac. Le prix des carburants depuis le printemps est venu tendre un peu plus les trésoreries parfois réduites à rien. Ce sera l’un des thèmes de la mobilisation sociale samedi à l’appel de plusieurs organisations et syndicats.
La France traverse une crise du pouvoir d’achat. Le niveau de vie des Français est désormais inférieur à la moyenne européenne. Un chiffre donne l’ampleur de ce décrochage. En 2023, selon l’Insee, la moitié des salariés du privé ont perçu moins de 2 180 € net par mois. Après 2025, l’année 2026 devrait se solder par un nouveau recul du pouvoir d’achat. L’augmentation des prix de l’énergie et l’inflation n’expliquent pas tout. Ces difficultés sont aussi le signe d’une économie en perte de vitesse.
Parmi les facteurs en cause, une productivité insuffisante, comme le souligne une note du Conseil d’analyse économique. Dans Les Échos, en prenant l’année 1995 comme référence, l’un des auteurs chiffre ce différentiel entre les États-Unis et la France à 400 milliards d’euros de recettes supplémentaires par an. L’ensemble des pays européens sont concernés. Mais cet écart de productivité est encore plus marqué pour la France, observent les auteurs. Les innovations ne se diffusent pas assez vite à l’ensemble du tissu économique. Et l’écart pourrait encore se creuser avec l’intelligence artificielle. Soutenir le pouvoir d’achat nécessite d’abord de créer plus de richesses.
Dans le nouveau monde où nous entrons, cela implique aussi de consommer autrement. Prévenir les maladies cardiovasculaires, diminuer les taux de sucre ou de sel, c’est à la fois générer des économies pour la Sécurité sociale mais aussi mieux vivre. L’heure est à la sobriété : consommer mieux et pas forcément plus. La France a besoin de retrouver le chemin d’une nouvelle croissance, plus verte et vitaminée à l’innovation en s’appuyant sur l’éducation et la formation. Mais soyons aussi lucides, dans une société vieillissante, cela impliquera aussi de travailler un peu plus pour financer ces transitions.
Trop tournée vers le passé, le regard fixé dans le rétro, la France peine à se projeter dans une économie décarbonée. L’ancien monde veut rester au volant. Prenons le cas du secteur automobile. La balance commerciale énergétique affiche un déficit de 46 milliards d’euros en 2025. Et les consommateurs sont étranglés par le prix de l’essence. Accompagner le lancement de petites citadines électriques permettrait de sortir du marché les véhicules les plus polluants avec un triple bénéfice : social, économique et environnemental. Les automobilistes ne rouleraient plus dans des véhicules chers à l’entretien et coûteux au quotidien. Les industriels retrouveraient du volume sur leurs chaînes de production. Et la planète s’en porterait mieux.
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